Mon locataire doit-il entretenir la chaudière ? Qui fait, qui paie, et ce que vous pouvez exiger
L’obligation d’entretien annuel ne vient pas du décret sur les réparations locatives, contrairement à ce qu’on lit partout. Elle vient du code de l’environnement, et ça change qui paie quoi.
L'entretien annuel d'une chaudière individuelle est effectué à l'initiative de l'occupant, donc du locataire, sauf stipulation contraire du bail : la règle figure à l'article R. 224-41-5 du code de l'environnement, et non dans le décret sur les réparations locatives. Le locataire paie l'entretien courant et les pièces d'usure listées par le décret du 26 août 1987. La panne, la réparation lourde et le remplacement restent à la charge du bailleur.
Deux questions se posent toujours ensemble, et je n'ai jamais vu un bailleur poser l'une sans poser l'autre : qui doit faire entretenir la chaudière, et qui paie. Les traiter séparément n'a aucun sens, parce que la réponse vient de deux textes différents qui ne disent pas la même chose. En tant qu'ancien commissaire de justice, j'ai vu assez de retenues contestées sur ce sujet pour savoir que l'erreur vient presque toujours de là : on cite le mauvais décret.
Commençons par corriger l'erreur la plus répandue, y compris chez des rédacteurs sérieux.
Le texte qui fonde l'obligation n'est pas celui que vous croyez
Ouvrez n'importe quel article sur le sujet : il vous dira que le décret du 26 août 1987 sur les réparations locatives met l'entretien annuel de la chaudière à la charge du locataire. C'est faux. Lisez l'annexe de ce décret, rubrique IV « Installations de plomberie », sous-rubrique d) : elle liste des pièces et des opérations de nettoyage, jamais un entretien annuel.
L'obligation d'entretien annuel vient d'ailleurs, du code de l'environnement. Les articles R. 224-41-4 à R. 224-41-9 sont issus du décret n° 2009-649 du 9 juin 2009, entièrement refondus par le décret n° 2020-912 du 28 juillet 2020 relatif à l'inspection et à l'entretien des chaudières, des systèmes de chauffage et des systèmes de climatisation.
La distinction n'est pas académique. Elle détermine qui vous pouvez poursuivre, sur quel fondement, et ce que vous pouvez retenir.
⚖️ Le point juridique
Article R. 224-41-4 du code de l'environnement : les chaudières « alimentées par des combustibles gazeux, liquides ou solides dont la puissance nominale est supérieure ou égale à 4 kW et inférieure ou égale à 400 kW font l'objet d'un entretien annuel ». L'entretien s'apprécie par année civile, du 1er janvier au 31 décembre.
Sont donc visées les chaudières gaz, fioul, bois et charbon, entre 4 et 400 kW. Au-delà de 400 kW, on bascule vers un contrôle périodique d'efficacité énergétique par un organisme accrédité.
Un point mérite votre attention si votre logement est équipé d'une pompe à chaleur. Le décret de 2020 lui applique un régime propre, avec un entretien tous les deux ans entre 4 et 70 kW. La fiche officielle de l'administration range pourtant les pompes à chaleur dans la liste des équipements à entretien annuel. Cette contradiction n'est pas résolue à ma connaissance. Dans le doute, faites entretenir tous les ans : c'est plus prudent et ce n'est pas plus cher rapporté à la sécurité.
Qui doit faire réaliser l'entretien de la chaudière
La réponse tient dans une phrase, et sa dernière incise est votre principal levier.
⚖️ Le point juridique
Article R. 224-41-5 du code de l'environnement : « Lorsque le logement, le local, le bâtiment ou partie de bâtiment est équipé d'une chaudière individuelle, l'entretien est effectué à l'initiative de l'occupant, sauf, le cas échéant, stipulation contraire du bail. » Le second alinéa précise que « l'entretien des chaudières collectives est effectué à l'initiative du propriétaire ou du syndicat des copropriétaires de l'immeuble ».
Trois observations que je fais rarement lire ailleurs.
Le texte dit « l'occupant », pas « le locataire ». La notion est plus large et couvre l'occupant à quelque titre que ce soit.
Le texte dit « à l'initiative de ». C'est une obligation de faire réaliser, pas une règle de prise en charge financière. La charge financière, elle, vient du décret de 1987. Les deux se rejoignent en pratique, mais pas juridiquement.
Le texte réserve enfin la stipulation contraire du bail. Vous pouvez donc prendre l'initiative à votre charge, ce qui présente un intérêt réel : vous maîtrisez le calendrier, vous récupérez l'attestation sans la réclamer, et vous savez que l'entretien a été fait.
Qui paie : la ligne de partage complète
Le décret du 26 août 1987 dresse la liste des réparations locatives. Pour le chauffage, elle est courte et précise.
⚖️ Le point juridique
Décret n° 87-712 du 26 août 1987, annexe, rubrique IV « Installations de plomberie », d) Chauffage, production d'eau chaude et robinetterie : « Remplacement des bilames, pistons, membranes, boîtes à eau, allumage piézo-électrique, clapets et joints des appareils à gaz ; rinçage et nettoyage des corps de chauffe et tuyauteries ; remplacement des joints, clapets et presse-étoupes des robinets. »
| Poste | Charge | Fondement |
|---|---|---|
| Entretien annuel de la chaudière individuelle | Locataire | C. env., art. R. 224-41-5 |
| Rinçage et nettoyage des corps de chauffe et tuyauteries | Locataire | Décret 87-712, IV d) |
| Bilames, pistons, membranes, boîtes à eau | Locataire | Décret 87-712, IV d) |
| Allumage piézo-électrique, clapets et joints | Locataire | Décret 87-712, IV d) |
| Panne et réparation importante | Bailleur | Obligation de délivrance et de décence |
| Remplacement de la chaudière | Bailleur | Hors liste des réparations locatives |
| Réparation due à la vétusté | Bailleur | Loi 89-462, art. 7 d) |
| Chaudière collective et chaufferie | Bailleur récupérable en charges | Décret 87-713, rubrique II |
Notez que le mot « détartrage » ne figure nulle part dans le décret. Ce qui y figure, c'est le « rinçage et nettoyage des corps de chauffe et tuyauteries ». La formulation est plus étroite qu'un détartrage complet du circuit, et un bailleur qui refacture un désembouage intégral au titre des réparations locatives sortira du texte.
L'attestation d'entretien, votre seule preuve
C'est la pièce qui décide de tout, et elle est encadrée précisément.
L'article R. 224-41-8 impose la remise d'une attestation dans les quinze jours suivant la visite, à la personne qui a commandé l'entretien. Elle doit être conservée et tenue à la disposition des agents de contrôle pendant deux ans au minimum. Cette obligation s'inscrit dans le régime plus large des réparations locatives.
Le contenu de la visite est lui aussi défini par le texte, à l'article R. 224-41-6 : vérification, nettoyage et réglage de la chaudière, évaluation du rendement et du dimensionnement, contrôle des émissions polluantes dont le taux de monoxyde de carbone, et conseils sur le bon usage et l'intérêt éventuel d'un remplacement.
📌 Bon à savoir
Réclamez l'attestation chaque année par écrit, à date fixe. Ce n'est pas de la bureaucratie : c'est le seul document qui vous permettra, en cas de sinistre, de démontrer que l'entretien a bien eu lieu, et c'est celui dont l'absence justifiera une retenue sur le dépôt de garantie. Un courrier annuel non répondu vaut mieux qu'une discussion trois ans plus tard. Notre modèle de mise en demeure pour l'entretien de la chaudière couvre le cas où elle ne vient pas.
Panne, réparation, remplacement : votre part du contrat
Une chaudière en panne l'hiver n'est pas un désagrément, c'est une atteinte à la décence du logement. Votre obligation de délivrance et de maintien en état vous impose d'intervenir, et vite.
L'ANIL le formule sans ambiguïté : les réparations rendues nécessaires par la vétusté, c'est-à-dire par l'usure naturelle, relèvent du bailleur. Le remplacement complet également, puisqu'il n'entre dans aucune rubrique des réparations locatives.
Reste le cas de la panne causée par un défaut d'entretien du locataire. Sur le principe, il en répond. En pratique, je dois signaler que je n'ai identifié aucune source institutionnelle ni aucune décision publiée traitant expressément cette hypothèse. La logique commande de réparer d'abord, au titre de la décence, puis de se retourner ensuite contre le locataire en démontrant le lien entre l'absence d'entretien et la panne. Ce lien de causalité est difficile à établir sans expertise, et c'est ce qui explique que la plupart de ces dossiers s'arrêtent avant le juge.
Pouvez-vous souscrire le contrat et le refacturer ?
Deux questions distinctes, et deux réponses différentes.
Imposer un professionnel par une clause du bail : non. L'article 4 de la loi du 6 juillet 1989 est d'ordre public, et la part de clause qui impose le choix du prestataire est privée d'effet. Le locataire reste libre de choisir son professionnel. L'UNPI, qui n'est pourtant pas suspecte de biais en faveur des locataires, le rappelle à ses adhérents en citant deux arrêts de cours d'appel de 1997 et 1998 dont je n'ai pas pu vérifier les références.
Imposer l'entretien et sa justification : oui. Une clause qui oblige le locataire à faire entretenir la chaudière chaque année et à vous transmettre l'attestation est parfaitement valable. Elle ne fait qu'expliciter une obligation légale, et elle vous donne un fondement contractuel clair.
Sur la refacturation, je dois être franc, parce que c'est le point le plus fragile du dossier. Pour une chaudière collective, la récupération est acquise : l'exploitation et l'entretien courant figurent à la rubrique II du décret n° 87-713 sur les charges récupérables. Pour une chaudière individuelle, en revanche, je n'ai trouvé aucune source institutionnelle confirmant qu'un contrat souscrit par le bailleur soit récupérable en charges. Or la liste du décret de 1987 sur les charges est limitative, l'ANIL y insiste. Le montage sûr passe donc par une stipulation du bail au titre des réparations locatives, pas par une ligne de charges. Faites confirmer ce point par votre ADIL avant de systématiser la pratique.
Ce que vous risquez vraiment, et ce que vous ne risquez pas
Il n'existe aucune amende légale sanctionnant le défaut d'entretien annuel. L'administration le dit en toutes lettres. Les articles qui menacent d'une amende se trompent, ou confondent avec le ramonage.
Le vrai risque est ailleurs, et il est double.
Le premier est assurantiel. L'assureur peut refuser l'indemnisation d'un accident causé par un équipement mal entretenu. Une nuance s'impose toutefois, et elle joue en faveur de l'assuré : l'article L. 113-1 du code des assurances n'admet les exclusions que si elles sont « formelles et limitées ». Une clause générique de « défaut d'entretien » est souvent jugée trop vague pour être opposable. Je n'ai identifié aucun arrêt de la Cour de cassation portant spécifiquement sur le refus de garantie pour défaut d'entretien de chaudière, et je préfère le dire plutôt que d'affirmer que votre assurance ne vous couvrira pas.
Le second est la retenue sur le dépôt de garantie. Faute d'attestation, vous pouvez faire réaliser l'entretien et en retenir le coût, à condition de le justifier par une facture. C'est la sanction la plus efficace, et la plus simple à mettre en œuvre.
Chaudière collective, copropriété et seuils de puissance
En chauffage collectif, l'initiative revient au propriétaire ou au syndicat des copropriétaires. Le syndic fait réaliser l'entretien, le coût passe en charges de copropriété, puis se récupère sur le locataire au titre de la rubrique II du décret sur les charges récupérables : exploitation, entretien courant, menues réparations et fourniture d'énergie.
Cette rubrique est détaillée et vaut la peine d'être connue. Elle vise notamment le nettoyage des gicleurs, électrodes, filtres et clapets des brûleurs, l'entretien des appareils de régulation automatique, les frais de contrôle de combustion, la conduite de chauffage, les opérations de mise en repos en fin de saison, et les frais de location et de relevé des compteurs généraux et individuels.
Au-delà de 400 kW, la chaufferie sort du régime de l'entretien annuel pour entrer dans celui du contrôle périodique d'efficacité énergétique, avec une inspection tous les deux à trois ans par un organisme accrédité et un rapport conservé dix ans.
Combien ça coûte, et le calendrier 2026 qui vous concerne
Les ordres de grandeur relevés en 2026 auprès de comparateurs, donc de sources commerciales, situent la visite d'entretien entre 95 et 110 € pour une chaudière gaz, entre 140 et 210 € pour une chaudière fioul, entre 200 et 300 € pour du bois ou des granulés. Un contrat annuel se négocie entre 100 et 150 € au gaz, 150 et 250 € au fioul, 220 et 350 € au bois. Aucune source publique ne chiffre ces prestations, ce qui invite à les traiter comme des repères de marché.
Deux échéances méritent enfin votre attention, parce qu'elles touchent directement la chaudière que vous possédez.
La décence énergétique d'abord. Un logement classé G n'est plus décent depuis le 1er janvier 2025. Le seuil passe à F en 2028 et à E en 2034. Une vieille chaudière pèse lourd dans une étiquette, et le calcul se fait rarement en votre faveur.
Les aides ensuite. Les chaudières gaz et fioul ne sont plus éligibles à MaPrimeRénov', dont le périmètre est désormais réservé aux solutions renouvelables. Si vous engagez des travaux comme bailleur, sachez que l'aide s'accompagne d'un engagement de location en résidence principale pendant six ans, d'une obligation d'informer le locataire des travaux financés, et d'une déduction du montant de l'aide en cas de hausse de loyer justifiée par ces travaux.
Le calendrier plaide donc pour anticiper le remplacement plutôt que le subir. Une chaudière remplacée au bon moment est un poste de charge maîtrisé ; une chaudière remplacée en urgence en janvier, avec un locataire sans chauffage, ne l'est jamais. Nos modèles gratuits de documents de location couvrent le courrier de demande d'attestation, et le modèle de contrat de bail intègre la clause d'entretien et de justification.
Ne courez plus après les attestations
Qalimo centralise vos baux, vos échanges et vos documents locataire, et vous rappelle les échéances annuelles d'entretien. Essai gratuit pendant 14 jours, sans débit pendant l'essai.
Sources
- Code de l'environnement, articles R. 224-41-4 à R. 224-41-9, issus du décret n° 2009-649 du 9 juin 2009 et refondus par le décret n° 2020-912 du 28 juillet 2020 relatif à l'inspection et à l'entretien des chaudières, des systèmes de chauffage et des systèmes de climatisation
- Décret n° 87-712 du 26 août 1987, annexe, rubrique IV d)
- Décret n° 87-713 du 26 août 1987, rubrique II (charges récupérables)
- Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, articles 4, 7 d) et 22
- Code des assurances, article L. 113-1
- Ministère de la Transition écologique, « Entretien et inspection des systèmes de chauffage et de climatisation » ecologie.gouv.fr
- Service-Public, fiche F20760 « Entretien annuel de la chaudière » service-public.gouv.fr
- ANIL, « Qui paie les réparations ? » et fiche sur les charges récupérables anil.org
- Fourchettes de prix relevées en 2026 auprès de comparateurs commerciaux du secteur de l'énergie
Le décret n° 87-712 ne mentionne pas l'entretien annuel de la chaudière : de nombreuses sources l'affirment à tort. Le fondement est l'article R. 224-41-5 du code de l'environnement. Les sources divergent sur la fréquence applicable aux pompes à chaleur de 4 à 70 kW, annuelle selon la fiche administrative, bisannuelle selon le décret de 2020. Aucune source institutionnelle ne confirme la récupérabilité en charges d'un contrat d'entretien souscrit par le bailleur pour une chaudière individuelle. Aucun arrêt de la Cour de cassation portant sur le refus de garantie d'assurance pour défaut d'entretien de chaudière n'a pu être identifié.


