Loyer impayé : la procédure complète en 6 étapes

loyer impayé

Auteur de l’article et responsable de la rédaction

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Nicolas THOMAS

Ancien commissaire de justice · Fondateur du logiciel Qalimo
Formateur en immobilier locatif
Expert en gestion locative

Loyer impayé : que faire, étape par étape, pour récupérer votre dû

Un loyer qui ne tombe pas, c’est une horloge qui démarre. Voici la marche exacte, de la première relance au commandement de payer, pour agir vite et bien.

1 2 3 4 Relance Mise en demeure Commandement Jugement J+1 J+8 2 mois + audience

L'essentiel en 30 secondes

Face à un loyer impayé, le bailleur doit agir dès le premier jour de retard : relance amiable, puis mise en demeure par lettre recommandée, puis commandement de payer délivré par commissaire de justice. Ce commandement, fondé sur la clause résolutoire du bail, laisse six semaines au locataire pour régler. Sans paiement, le juge peut prononcer la résiliation du bail et l'expulsion. Chaque jour perdu au début rallonge une procédure qui dure déjà, en moyenne, plus d'un an.

J’ai délivré des centaines de commandements de payer. Le dossier qui se termine bien n’est presque jamais celui où le propriétaire a attendu. C’est celui où il a bougé au premier loyer manquant, calmement, sans hurler, mais sans laisser filer. En quinze ans de terrain, j’ai vu la même erreur se répéter : on donne « encore un mois » par gentillesse, puis un deuxième, et quand on se décide, la dette atteint 4 000 euros et le locataire ne répond plus. La loi protège le bailleur. Encore faut-il enclencher la mécanique au bon moment, dans le bon ordre.

Loyer impayé : les 3 réflexes des premiers jours

Un retard n’est pas encore un impayé. Beaucoup de décalages viennent d’un virement mal programmé, d’un changement de banque, d’une paie versée en fin de mois. Le premier geste n’est donc pas juridique, il est humain : un appel, un message. On note la date, on garde une trace écrite, et on demande une date de régularisation précise.

Si le locataire ne répond pas sous quelques jours, on passe à l’écrit formel. Une simple relance par e-mail ou courrier suffit à ce stade, mais elle doit déjà poser un cadre : le montant dû, le mois concerné, un délai. C’est aussi le moment de vérifier votre couverture. Si vous avez souscrit une assurance loyers impayés (GLI), la plupart des contrats imposent de déclarer le sinistre dans un délai court, souvent deux mois après le premier impayé. Le rater, c’est perdre la garantie.

Le point juridique

La prescription des loyers est de trois ans (article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989). Au-delà, les mensualités les plus anciennes ne sont plus recouvrables. Ce n'est pas une raison pour attendre : plus la dette grossit, moins elle se récupère.

La relance amiable, une étape qu'on saute trop vite

Le réflexe, quand la colère monte, c’est d’appeler l’huissier tout de suite. Erreur. La phase amiable coûte peu, va vite, et résout la majorité des situations. Un locataire de bonne foi en difficulté passagère se remet souvent à jour dès qu’il sent que le propriétaire suit le dossier de près.

Proposez un échéancier écrit : le loyer courant plus une part de l’arriéré chaque mois. Formalisez-le, faites-le signer. Ce document a une valeur double : il aide le locataire à s’y retrouver, et il vous servira de preuve devant le juge si l’accord n’est pas tenu. Vous pouvez aussi orienter votre locataire vers un dossier d’aide au logement : la CAF, le FSL (fonds de solidarité pour le logement) ou Action Logement peuvent débloquer une aide qui sauve le bail.

Voie amiable Relance, échéancier, aides CAF / FSL Rapide · quelques euros Voie judiciaire Commandement, audience, expulsion Longue · > 12 mois

A retenir

Gardez tout : e-mails, SMS, courriers, échéancier signé. Un dossier bien tenu fait gagner des semaines à l'audience. Le juge tranche sur pièces, pas sur la parole. Sans preuve écrite, votre bonne foi ne pèse rien.

Mise en demeure : le vrai point de bascule d'un loyer impayé

Quand l’amiable échoue, la mise en demeure change la nature du dossier. C’est une lettre recommandée avec accusé de réception qui somme le locataire de payer sous un délai précis, en général huit jours. Elle liste les mois dus, le total, et annonce clairement la suite : procédure de recouvrement et résiliation du bail.

Juridiquement, elle fait courir les intérêts de retard et prouve votre diligence. Concrètement, c’est souvent le courrier qui réveille un locataire silencieux : le ton monte d’un cran, l’échéance devient réelle. Rédigez-la avec soin, datez-la, conservez l’accusé de réception. Si le bail comporte une caution, adressez la même mise en demeure à la personne qui s’est portée caution solidaire : elle est tenue de la dette au même titre que le locataire.

Bon à savoir

La mise en demeure n'est pas un acte judiciaire : vous pouvez la rédiger vous-même. Mais elle est le préalable qui crédibilise toute la suite. Un juge regarde d'un autre œil un bailleur qui a formellement mis en demeure avant d'assigner.

Commandement de payer et clause résolutoire : la phase judiciaire

Ici, on entre dans le droit dur. Si votre bail contient une clause résolutoire, et la quasi-totalité des baux en contiennent une, vous faites délivrer par un commissaire de justice un commandement de payer visant cette clause. Cet acte donne au locataire six semaines pour régler l’intégralité de la dette (délai porté de deux à six semaines par la loi du 27 juillet 2023 pour les nouveaux baux, dans le cadre du renforcement anti-squat).

Passé ce délai sans paiement, la clause joue : le bail est résilié de plein droit. Vous saisissez alors le juge des contentieux de la protection pour faire constater la résiliation et ordonner l’expulsion. Le locataire peut demander des délais de paiement ; le juge en accorde souvent, ce qui rallonge encore la procédure. Depuis 2023, le préfet doit être informé dès le commandement, afin d’activer les dispositifs de prévention des expulsions.

Un mot d’honnêteté de praticien : sur le papier, tout va vite. En pratique, entre l’assignation, les délais d’audience, la trêve hivernale qui suspend les expulsions du 1er novembre au 31 mars, et le concours de la force publique parfois lent à obtenir, comptez souvent plus d’un an entre le premier impayé et la récupération réelle du logement. C’est long. C’est pour ça que le début compte tant.

Mise en demeure8 jours Commandement6 semaines Assignationaudience Jugementexpulsion

Assurance et garanties : qui rembourse le loyer impayé ?

Trois filets existent, et ils ne se cumulent pas toujours. La GLI (garantie loyers impayés) est une assurance privée souscrite par le bailleur : elle rembourse les loyers, souvent dans la limite d’un plafond et après une franchise. La garantie Visale, gratuite et portée par Action Logement, joue le rôle d’une caution publique pour certains locataires éligibles. Enfin la caution solidaire d’un proche reste l’option la plus courante, mais on ne peut pas cumuler une GLI et une caution physique, sauf cas particuliers (étudiants, apprentis).

Le piège classique : croire qu’on est couvert et découvrir, au moment du sinistre, qu’on a raté le délai de déclaration ou que le locataire ne remplissait pas les critères de solvabilité exigés au moment de son entrée. Vérifiez votre contrat avant, pas pendant. Pour les profils jeunes ou en mobilité, le dispositif Visale est souvent la solution la plus sûre et la moins chère.

Passé ce délai sans paiement, la clause joue : le bail est résilié de plein droit. Vous saisissez alors le juge des contentieux de la protection pour faire constater la résiliation et ordonner l’expulsion. Le locataire peut demander des délais de paiement ; le juge en accorde souvent, ce qui rallonge encore la procédure. Depuis 2023, le préfet doit être informé dès le commandement, afin d’activer les dispositifs de prévention des expulsions.

Un mot d’honnêteté de praticien : sur le papier, tout va vite. En pratique, entre l’assignation, les délais d’audience, la trêve hivernale qui suspend les expulsions du 1er novembre au 31 mars, et le concours de la force publique parfois lent à obtenir, comptez souvent plus d’un an entre le premier impayé et la récupération réelle du logement. C’est long. C’est pour ça que le début compte tant.

Combien de temps et combien ça coûte

Personne ne vous le dit franchement, alors je le fais. Une procédure d’expulsion pour loyer impayé coûte, entre les actes de commissaire de justice, l’éventuel avocat et les frais de procédure, de quelques centaines à plus de mille cinq cents euros, dont une partie peut être mise à la charge du locataire par le juge, si tant est qu’il soit solvable. Le temps, lui, se compte en mois : rarement moins d’un an, souvent plus.

La vraie économie n’est pas dans la procédure. Elle est en amont : un dossier de candidature sérieux, une garantie adaptée, et surtout un suivi des loyers qui vous alerte au premier retard, pas au troisième. C’est exactement là qu’un outil de suivi automatique des loyers change la donne : vous savez, le jour même, qu’un virement manque.

Étape

Relance amiable

Mise en demeure (LRAR)

Commandement de payer

Assignation et jugement

Expulsion (hors trêve)

Délai indicatif

Dès J+1

Après 8 jours

6 semaines de délai

Plusieurs mois

Après jugement

Recours au commissaire ?

Non

Non

Oui

Oui

Oui

Et si vous alliez plus loin ?

Repérez le premier loyer manquant, pas le troisième

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Nicolas Thomas

Ancien commissaire de justice · Fondateur de Qalimo

sOURCES

  • Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, art. 7-1 (prescription) et art. 24 (clause résolutoire, commandement de payer)
  • Loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 visant à protéger les logements contre l’occupation illicite (délai du commandement porté à 6 semaines, information du préfet)
  • Code des procédures civiles d’exécution, art. L. 412-6 (trêve hivernale, 1er nov. – 31 mars)
  • Service-public.fr — Impayés de loyer : que faire ?
  • ANIL — Prévention des expulsions et aides au logement (FSL, Action Logement, Visale)

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