Travaux d’entretien : les 4 recours officiels

travaux entretien locataire

Auteur de l’article et responsable de la rédaction

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Nicolas THOMAS

Ancien commissaire de justice · Fondateur du logiciel Qalimo
Formateur en immobilier locatif
Expert en gestion locative

Puis-je obliger mon locataire à faire des travaux d'entretien ? Ce que vous pouvez réellement exiger

Non, vous ne pouvez pas le forcer. Les trois voies du droit commun butent toutes sur le même obstacle, et la clause résolutoire pour défaut d’entretien est réputée non écrite.

Un bailleur ne dispose d'aucun moyen simple de contraindre son locataire à exécuter des travaux d'entretien pendant le bail. Les trois voies du droit commun existent sur le papier, mise en demeure, exécution forcée de l'article 1222 du code civil et résiliation judiciaire, mais aucune décision publiée ne les met en oeuvre pour un bail d'habitation, et une clause résolutoire visant le défaut d'entretien est réputée non écrite par l'article 4 g) de la loi du 6 juillet 1989. Le seul levier réellement efficace consiste à dater le manquement par écrit et à régler le compte à la restitution, sauf pour les obligations à échéance comme l'entretien de la chaudière ou le ramonage, qui se prouvent par une attestation.

La question m'a été posée cent fois, et presque toujours dans les mêmes termes : « puis-je l'obliger à entretenir ? » En tant qu'ancien commissaire de justice, j'ai fini par répondre par une autre question, celle qui décide vraiment de l'issue : que dit votre état des lieux d'entrée ? Le silence qui suivait était, dans neuf cas sur dix, la réponse au dossier.

Cet article ne traite pas de la répartition des charges, qui fait l'objet de notre guide sur les réparations locatives et leurs six catégories. Il traite d'une question plus étroite et plus douloureuse : une fois que vous savez que les travaux d'entretien lui incombent, qu'est-ce que vous pouvez faire s'il ne les fait pas ?

MISE EN DEMEURE Utile Ne fait pas les travaux à sa place Mais elle date le manquement Préalable obligatoire ARTICLE 1222 Bloquée Faire faire à ses frais Suppose d'entrer dans le logement Aucune décision publiée RÉSILIATION Théorique Gravité suffisante à démontrer Clause résolutoire réputée non écrite Voie judiciaire seule LA SORTIE Efficace Comparaison des états des lieux Retenue justifiée vétusté déduite Se prépare dès l'entrée
Les quatre voies ouvertes au bailleur. Une seule fonctionne vraiment, et elle se joue trois ans avant le litige.

La mise en demeure : elle ne fait pas les travaux, elle les date

C'est le premier geste, et la plupart des bailleurs en attendent la mauvaise chose.

Une mise en demeure ne produit aucun effet contraignant par elle-même. Elle ne fait pas tondre la pelouse, elle ne fait pas changer un joint. Son utilité est ailleurs, et elle est considérable : elle constitue le préalable obligatoire à toute action ultérieure, et surtout elle fixe une date. Le jour où vous discuterez de la vétusté d'un équipement à la restitution, un courrier recommandé daté de trois ans plus tôt qui décrit précisément l'état constaté vaudra plus que tous les arguments du monde.

💡 À retenir

Décrivez, ne qualifiez pas. « Le joint du bac de douche est décollé sur toute sa longueur, l'eau s'infiltre derrière le carrelage » vaut infiniment mieux que « vous n'entretenez pas le logement ». Le premier énoncé est un constat vérifiable, le second est une appréciation que votre locataire renverra sans effort. Nos modèles de courrier, comme la mise en demeure pour l'entretien de la chaudière, sont construits sur ce principe.

Envoyez-la en recommandé avec accusé de réception, laissez un délai raisonnable et explicite, et conservez une copie avec les photos. Trois mois est un délai que personne ne discutera pour un entretien courant.

L'article 1222 : le texte existe, la clé n'existe pas

Voici la voie qui séduit tous les bailleurs à qui je l'expose, et qui les déçoit dans la minute qui suit.

L'article 1222 du code civil permet au créancier, après mise en demeure, de faire exécuter lui-même l'obligation par un tiers, aux frais du débiteur. Transposé à votre situation : vous faites venir un plombier, vous payez, et vous réclamez la somme à votre locataire. Sur le papier, c'est exactement ce que vous cherchez.

Le problème est physique avant d'être juridique. Pour faire réaliser des travaux d'entretien dans un logement occupé, il faut y entrer, et vous n'avez pas la clé au sens juridique du terme. Le locataire a la jouissance exclusive des lieux. Entrer sans son accord vous expose à l'article 226-4 du code pénal, trois ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende depuis la loi du 27 juillet 2023.

On m'objectera l'article 7 e) de la loi de 1989, qui oblige le locataire à permettre l'accès pour « des travaux nécessaires au maintien en état ou à l'entretien normal des locaux loués ». La lettre du texte pourrait couvrir des travaux exécutés en substitution. Je n'ai identifié aucune décision publiée qui l'ait admis, et la logique de cet article vise les travaux que le bailleur doit lui-même réaliser, pas ceux qu'il exécuterait à la place du locataire. Fonder une intrusion sur cette lecture serait un pari, et le prix du pari perdu est pénal.

Reste la voie propre : demander au juge l'autorisation d'exécuter aux frais du locataire. Elle est ouverte, elle est longue, elle coûte davantage que la plupart des travaux d'entretien en cause. Je ne l'ai jamais vue engagée pour un joint de silicone.

La résiliation : et surtout, pas de clause résolutoire

C'est ici que je vois le plus d'erreurs coûteuses, parce que beaucoup de baux contiennent une clause qui ne vaut rien.

⚖️ Le point juridique

Article 4 g) de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 : est réputée non écrite toute clause qui prévoit la résiliation de plein droit du contrat pour un motif autre que le non-paiement du loyer, des charges, du dépôt de garantie, la non-souscription d'une assurance des risques locatifs ou le non-respect de l'obligation d'user paisiblement des locaux résultant de troubles de voisinage constatés par une décision de justice passée en force de chose jugée.

La liste est fermée. Le défaut d'entretien n'y figure pas, et il ne peut pas y être ajouté par contrat. Une clause de votre bail prévoyant la résiliation automatique en cas de non-entretien du jardin ou de la chaudière est réputée non écrite : le juge la lira comme si elle n'existait pas. Le décret n° 2026-596 du 6 juillet 2026, qui refond les contrats types applicables aux baux conclus ou renouvelés à compter du 1er octobre 2026, reprend cette liste sans y ajouter l'entretien.

Il vous reste la résiliation judiciaire de droit commun, qui suppose une inexécution d'une gravité suffisante appréciée souverainement par le juge. Elle est théoriquement ouverte. En pratique, je n'ai trouvé aucune décision publiée prononçant la résiliation d'un bail d'habitation pour un défaut d'entretien courant, et je comprends pourquoi : aucun juge ne prive quelqu'un de son logement parce qu'il n'a pas taillé une haie.

Mon avis, sans détour : ne l'engagez pas. Le seul cas où la voie devient sérieuse est celui où le défaut d'entretien produit un dommage grave et continu, une infiltration qui atteint le logement du dessous, une installation de gaz laissée sans contrôle. Vous n'êtes alors plus dans l'entretien, vous êtes dans la dégradation et le péril, et l'analyse change entièrement.

L'exception qui marche : les obligations à échéance

Il existe une catégorie de travaux d'entretien où votre position est nettement meilleure, et c'est celle qu'il faut exploiter.

Certaines obligations ne se prouvent pas par l'état du logement mais par un document daté : l'entretien annuel de la chaudière donne lieu à une attestation remise sous quinze jours, le ramonage donne lieu à un certificat. Vous n'avez donc rien à constater et rien à négocier : vous demandez la pièce, et son absence est en elle-même le manquement.

ObligationPreuve du manquementVotre position
Entretien annuel de la chaudièreAttestation non produiteForte
Ramonage des conduitsCertificat non produitForte
Attestation d'assurance habitationDocument non transmisForte, clause propre
Entretien du jardinConstat, photos datéesMoyenne
Menues réparations intérieuresComparaison des états des lieuxFaible avant la sortie

Le détail de ces deux régimes figure dans nos articles sur l'entretien de la chaudière et sur le ramonage de la cheminée. Retenez le principe : là où la loi impose une attestation, elle vous donne un levier ; ailleurs, elle vous laisse avec des photos.

Le droit d'entrer : ce que vous pouvez vraiment voir

Beaucoup de bailleurs découvrent l'état de leur logement le jour de la restitution. C'est évitable, mais pas par les moyens qu'ils imaginent.

Vous n'avez aucun droit légal de visite d'inspection en cours de bail. Aucune disposition ne vous permet de venir vérifier que le logement est bien tenu. Ce que vous pouvez, c'est accéder pour vos travaux, au titre de l'article 7 e), et exercer une clause de visite si votre bail en contient une, dans les limites strictes de l'article 4 a). Le sujet est développé dans notre article sur le droit de visite du bailleur.

La voie réaliste est bien plus simple, et je la recommande à tous les bailleurs que je conseille : proposez une visite de courtoisie tous les dix-huit à vingt-quatre mois, annoncée un mois à l'avance, présentée comme une vérification de votre côté à vous. Chaudière, VMC, joints, huisseries. La quasi-totalité des locataires acceptent. Vous repartez avec des photos datées, ce qui règle par avance la question de la vétusté, et souvent avec la liste des choses que vous auriez dû réparer vous-même.

Tout se solde à la restitution

Voilà la vraie réponse à la question posée en titre : vous ne l'obligez pas, vous lui présentez la note.

Le compte se fait sur la comparaison entre les deux états des lieux, et l'article 22 de la loi de 1989 vous impose de justifier chaque retenue par des pièces, devis ou factures. La Cour de cassation a rappelé le 21 décembre 2017 qu'il appartient au bailleur d'établir que le dommage excède l'usage normal des lieux (3e civ., n° 16-26.565). La charge de la preuve est chez vous, et elle se constitue à l'entrée, pas à la sortie.

Deux annexes changent tout à ce moment-là. Un état des lieux d'entrée descriptif et photographié, sans lequel l'article 1731 du code civil présume que le logement a été reçu en bon état de réparations locatives. Et une grille de vétusté convenue dès la signature, qui transforme une discussion d'appréciation en une soustraction. Les conditions précises d'une retenue valable sont détaillées dans notre article sur la retenue sur le dépôt de garantie.

📌 Bon à savoir

Une retenue annoncée sans justificatif expose à la majoration de 10 % du loyer mensuel par mois de retard entamé. Le raccourci qui consiste à garder le dépôt « pour le principe » se paie donc très cher, et il fait perdre au bailleur la totalité du bénéfice de son dossier, même quand son dossier était bon.

Ce que je ferais, dans l'ordre

Quatre gestes, du plus rentable au moins utile.

Un. Soigner l'état des lieux d'entrée et annexer une grille de vétusté. C'est quatre-vingts pour cent du résultat, et cela se joue le jour de la remise des clés.

Deux. Réclamer systématiquement les attestations annuelles, chaudière, ramonage, assurance. C'est le seul terrain où votre demande est immédiatement exigible.

Trois. Envoyer une mise en demeure descriptive et datée dès qu'un désordre apparaît, sans en attendre les travaux, mais pour construire la chronologie.

Quatre. Faire le compte à la restitution, devis à l'appui, vétusté déduite.

Ce qui ne figure pas dans cette liste, c'est la procédure en cours de bail. Je l'ai vue tentée, je ne l'ai jamais vue aboutir sur un entretien courant, et le coût dépassait chaque fois l'enjeu. Un bailleur qui suit les quatre gestes ci-dessus n'en aura pas besoin. Un bailleur qui ne les suit pas n'obtiendra rien du juge non plus.

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Sources

  • Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, articles 4 a), 4 g), 6, 7 d), 7 e) et 22
  • Code civil, articles 1217, 1222, 1224, 1731 et 1732
  • Code pénal, article 226-4 (loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023)
  • Décret n° 87-712 du 26 août 1987, article 1er et annexe
  • Décret n° 2016-382 du 30 mars 2016 (état des lieux et grille de vétusté)
  • Décret n° 2026-596 du 6 juillet 2026 (contrats types, motifs de clause résolutoire)
  • Cass. 3e civ., 21 décembre 2017, n° 16-26.565 (usage anormal et charge de la preuve)
  • Légifrance, loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 legifrance.gouv.fr

Aucune décision publiée n'a été trouvée sur la résiliation d'un bail d'habitation pour défaut d'entretien courant, ni sur l'application de l'article 1222 du code civil à des réparations locatives exécutées en substitution du locataire : l'analyse proposée ici est un raisonnement de droit commun, non la reprise d'une position établie. La question de savoir si l'article 7 e) autorise l'accès du bailleur pour des travaux exécutés en substitution n'est tranchée par aucune source d'autorité ; la prudence commande de passer par le juge. Le verbatim de l'article 1er du décret n° 87-712 et celui de l'article 4 du décret n° 2016-382 n'ont pas pu être relevés sur Légifrance, dont l'accès a été refusé pendant la rédaction. Le délai de trois mois cité pour une mise en demeure d'entretien courant est une pratique, aucun texte ne le fixe.

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