Punaises de lit : qui doit payer ?

Image de Nicolas Thomas
Nicolas Thomas

Ancien commissaire de justice · Fondateur de Qalimo

Punaise de lit qui doit payer ? Locataire ou propriétaire ?

🚀 Simplifiez votre gestion locative avec Qalimo

Gérer sa location comme un pro n’a jamais été aussi facile.

Qui paie en cas d’infestation de punaises de lit ? Propriétaire ou locataire ?

C’est devenu un vĂ©ritable flĂ©au ces dernières annĂ©es.

Elles sont minuscules, presque invisibles à l’œil nu, mais leur impact est colossal. Les punaises de lit, qui prolifèrent à grande vitesse, empoisonnent la vie de nombreux ménages français.

Leur traitement est non seulement long et contraignant, mais également coûteux, avec des factures qui dépassent souvent les 1 000 euros.

Une question revient systématiquement : en cas d’infestation, qui doit payer, le propriétaire ou le locataire ?

Punaise de lit qui doit payer ? Locataire ou propriétaire ?

Comprendre le problème des punaises de lit

Depuis quelques années, les punaises de lit sont devenues un véritable fléau sanitaire en France. Selon les chiffres communiqués par le ministère de la Santé, plus d’un million de foyers auraient été touchés par ce problème au cours des dernières années. Outre les désagréments physiques (piqûres, allergies, insomnies), l’infestation entraîne des coûts financiers lourds et des tensions juridiques entre bailleur et locataire.

La législation est claire : un logement envahi de nuisibles n’est pas considéré comme décent au sens du décret du 30 janvier 2002. Or, la loi du 6 juillet 1989 impose au propriétaire de délivrer à son locataire un logement décent, c’est-à-dire habitable et exempt de toute infestation. Mais cela ne signifie pas pour autant que la charge incombe toujours au bailleur.

 

Qui paie en cas d’infestation ?

La répartition des frais dépend essentiellement du moment où l’infestation est constatée et de son origine. Si le logement est infesté avant ou juste après l’arrivée du locataire, la responsabilité incombe au bailleur. Si l’infestation apparaît plusieurs années après l’entrée dans les lieux, il est admis que la charge repose sur le locataire, sauf preuve que le problème existait déjà. Enfin, lorsque l’infestation provient d’un logement voisin ou des parties communes d’une copropriété, c’est au propriétaire, via le syndic, d’organiser et de financer l’intervention.

 

Obligations respectives du propriétaire et du locataire

Le cadre juridique repose sur un équilibre entre deux obligations principales. D’une part, le bailleur doit garantir au locataire un logement décent, sans parasites ni vices cachés. Cette obligation de délivrance, prévue par l’article 6 de la loi de 1989, est renforcée par l’article 1721 du Code civil, qui prévoit que le propriétaire est tenu de garantir au locataire la jouissance paisible du bien.

D’autre part, l’article 7 de la loi du 6 juillet 1989 impose au locataire d’entretenir le logement et d’assumer les menues réparations. Autrement dit, si une infestation survient en cours de bail et qu’elle peut être imputée à un défaut d’entretien ou à un comportement du locataire, ce dernier devra prendre en charge les frais.

Depuis l’arrêté du 16 février 2023, la notice d’information annexée aux baux rappelle désormais les obligations des parties en matière de lutte contre les nuisibles. Autrement dit, tout le monde est officiellement briefé dès la signature.

 « 2.3. Obligations des parties en matière de lutte contre les nuisibles

Au titre de ses obligations en matière de dĂ©cence du logement, le bailleur est tenu de remettre au locataire un logement exempt de toute infestation d’espèces nuisibles et parasites (art. 6). A ce titre, le bailleur est tenu de maintenir le logement en Ă©tat de dĂ©cence tout au long du bail.

Afin d’Ă©viter l’infestation de son logement par des punaises de lit, le locataire est cependant invitĂ© Ă  suivre les recommandations et mesures prĂ©ventives consultables sur le site internet stop-punaises. gouv. fr.

En cas d’infestation du logement en cours de bail, une action rapide est nĂ©cessaire. Dans ce cas, le locataire est invitĂ© Ă  adopter les gestes simples recommandĂ©s pour traiter et endiguer l’infestation et Ă  contacter immĂ©diatement le bailleur afin de lui demander de procĂ©der au traitement des lieux ou s’entendre avec lui pour sa prise en charge financière.

En cas de dĂ©saccord ou de silence du bailleur, le locataire peut saisir la commission dĂ©partementale de conciliation en application des dispositions de l’art. 20-1 de la loi du 6 juillet 1989 susvisĂ©e.

Le locataire doit permettre l’accès aux lieux louĂ©s pour les travaux nĂ©cessaires Ă  la dĂ©sinsectisation par la sociĂ©tĂ© mandatĂ©e pour intervenir. Il doit Ă©galement suivre les recommandations donnĂ©es pour traiter la situation et maintenir le logement exempt d’infestation.

Pour une information juridique sur les punaises de lit, tant le bailleur que le locataire peuvent contacter notamment le numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone 0806 706 806, qui leur permettra d’Ă©changer avec un conseiller d’Agence dĂ©partementale d’information sur le logement (ADIL). »

Punaises de lit que dit la loi et les tribunaux ?

👉 La jurisprudence apporte des précisions utiles. La Cour de cassation, dans un arrêt du 17 décembre 2002 (n°01-03.316), a rappelé que le bailleur doit répondre des vices cachés du logement, dont une infestation de punaises de lit. 

👉 Plus récemment, la Cour d’appel de Paris, le 29 juin 2018 (n°16/11182), a jugé que le bailleur restait responsable lorsque l’infestation apparaît peu de temps après l’entrée du locataire. 

👉 À l’inverse, la Cour d’appel de Nîmes, le 15 octobre 2020 (n°19/01649), a retenu que si l’infestation survient longtemps après l’emménagement et qu’aucune cause externe ne peut être démontrée, la charge incombe alors au locataire.

👉 La Cour d’appel de Bordeaux, le 9 mai 2014 (n° 12/06806) a jugĂ© que dans une infestation massive ignorĂ©e par le bailleur, la rĂ©siliation du bail et la responsabilitĂ© du propriĂ©taire ont Ă©tĂ© retenues au titre de l’obligation de dĂ©cence/entretien, rappelant que la mise en Ĺ“uvre du traitement incombe au bailleur.

👉 Ă€ l’inverse la Cour d’appel de ChambĂ©ry, le 28 octobre 2010 (n° 10/00527) a retenu que lorsque l’infestation rĂ©sulte d’un Ă©tat de saletĂ© attribuĂ© au locataire, la charge financière pèse sur ce dernier.

👉 La Cour d’appel de Paris, le 31 janvier 2017 (n° 15/07085) rappelle que le bailleur ne rĂ©pond pas de ce qui n’est pas inhĂ©rent Ă  l’immeuble : les punaises Ă©tant vĂ©hiculĂ©es par l’homme, et l’origine de l’infestation restant inconnue après plusieurs annĂ©es dans les lieux, le bailleur n’a pas manquĂ© Ă  son obligation de dĂ©livrance.

👉 DĂ©cision citĂ©e pour illustrer la logique d’imputabilitĂ©, la Cour d’appel d’Aix-en-Provence, le 14 dĂ©cembre 2022 (n° 21/0378) a jugĂ© que lorsque l’infestation s’inscrit dans un contexte d’immeuble ou de voisinage, les juges examinent la propagation et la diligence du bailleur. 

👉 Dans une nouvelle affaire oĂą la locataire Ă©voquait une dĂ©sinsectisation qu’elle avait assumĂ©e ; la Cour d’appel d’Aix-en-Provence, le 9 fĂ©vrier 2023 (n° 22/0829) infirme le jugement et dĂ©boute la demande de remboursement au bailleur pour le traitement anti-punaises (question de preuve et d’origine). 

Situation typiqueQui paie le traitement ?Pourquoi
Avant location : infestation présente ou révélée très tôt après l’entrée (délai court)PropriétaireObligation de délivrance d’un logement décent sans nuisibles ; défaut révélateur d’un vice dès l’origine.
Propagation via voisins / parties communes (copropriété)Propriétaire (souvent via syndic, répercussion en charges de copro)La cause vient de l’immeuble ; il revient au bailleur/syndic d’organiser le traitement collectif.
Après plusieurs mois/années d’occupation, logement seul touchéCas par cas : souvent locataire si le bailleur prouve l’absence d’infestation initiale et l’introduction postérieureLes punaises sont véhiculées par l’homme ; si l’origine n’est pas inhérente au logement, le bailleur peut être exonéré. 
Défaut d’entretien ou négligence du locataire (désordre avéré)LocataireLorsque le comportement fautif du preneur est établi, la charge peut basculer.
Traitements “produits” inclus dans les chargesProduits récupérables sur charges locatives ; main-d’œuvre généralement à la charge du bailleurLes produits de désinsectisation relèvent des charges récupérables (décret 87-713), pas la prestation elle-même.
Infestation grave rendant le logement improprePropriétaire + possible procédure d’insalubritéUn logement infesté peut devenir non décent, et dans les cas extrêmes relever de l’insalubrité administrative.

 

Comment agir face Ă  une infestation ?

  1. Informer immédiatement le bailleur ou le locataire par écrit (lettre recommandée ou mail avec preuve).

  2. Faire établir un constat (photos, intervention d’un expert, huissier si nécessaire).

  3. Faire intervenir une société spécialisée agréée, et non un simple traitement artisanal.

  4. Prévoir une désinfestation complète (souvent plusieurs passages).

  5. En cas de litige → possibilité de saisir la commission départementale de conciliation ou le tribunal judiciaire.

🚀 Simplifiez votre gestion locative avec Qalimo

Gérer sa location comme un pro n’a jamais été aussi facile.

Questions fréquentes

Par principe, le propriétaire : il doit délivrer et maintenir un logement décent sans nuisibles. Exception : si le bailleur prouve que l’infestation résulte d’une faute du locataire ou est postérieure à l’entrée, la charge peut basculer.

Si le bailleur est responsable, le locataire n’a pas à payer la prestation. En cas de désaccord, utilisez la conciliation (Commission départementale) puis, si besoin, saisissez le tribunal judiciaire. Documentez tout : rapports, dates, preuves.

Renseignez-vous auprès des ADIL et des dispositifs publics ; l’État propose des ressources pratiques (numéros, guides, conseils). Certaines collectivités subventionnent les traitements sous conditions

Oui. Un logement infesté n’est pas louable : la décence s’apprécie dès la délivrance et pendant toute la durée du bail. La notice annexée au bail rappelle ces obligations.

Découvrez nos articles sur des sujets similaires

obligation de délivrance conforme vendeur travaux sans permis
Travaux & diagnostics
Nicolas

Travaux sans permis dans une vente immobilière et obligation de délivrance conforme du vendeur

Découvrir après la signature de l’acte authentique qu’un immeuble comporte des travaux réalisés sans permis de construire constitue l’un des contentieux les plus redoutés en matière de vente immobilière. Extensions non autorisées modifications structurelles non déclarées ou changements de destination irréguliers exposent l’acquéreur à des sanctions administratives lourdes et à une dévalorisation du bien.

Dans ce contexte une question centrale se pose le vendeur peut il être tenu responsable d’une non conformité urbanistique qu’il n’a pas lui même créée La Cour de cassation répond clairement par l’affirmative dans un arrêt du 11 septembre 2025 en rattachant cette situation à l’obligation de délivrance conforme du vendeur.

Lire la suite »
suspension 1000 DPE
Travaux & diagnostics
Nicolas

Suspension des diagnostiqueurs qui dépassent 1 000 DPE  par an

Nouvel épisode dans la saga du DPE, épisode 134. Cette fois-ci ce sont les diagnostiqueurs qui sont dans le viseur du gouvernement.

l’arrêté du 28 juillet 2025, publié au Journal Officiel le 1er août 2025, instaure, à compter du 1er octobre 2025, la suspension quasi automatique de tout diagnostiqueur ayant réalisé plus de 1 000 DPE de maisons ou appartements sur 12 mois glissants.

Ce texte s’inscrit dans le plan national visant à restaurer la confiance dans le diagnostic de performance énergétique (DPE), à renforcer la fiabilité des classements énergétiques, et surtout à lutter contre la multiplication des DPE frauduleux ou de complaisance, souvent utilisés pour éviter l’interdiction de louer les passoires thermiques.

Lire la suite »
C'est quoi le plan pluriannuel de travaux (PPT)
Travaux & diagnostics
Nicolas

Plan pluriannuel de travaux obligatoire pour copropriété

Vous êtes copropriétaire, bailleur ou investisseur immobilier ? Vous avez certainement entendu parler du fameux « plan pluriannuel de travaux » désormais obligatoire pour les copropriétés de plus de 15 ans. Pas de panique ! Cet article vous explique tout ce que vous devez savoir, de manière claire et simple, afin que vous puissiez être serein et conforme à la législation en vigueur.

Lire la suite »