Hors zone tendue, le loyer se fixe librement selon le marché local. En zone tendue, il ne peut dépasser le loyer du précédent locataire lors d’une relocation, sauf travaux récents ou vacance de plus de 18 mois. Dans les villes à encadrement strict comme Paris ou Lille, il doit respecter un loyer de référence majoré publié par la préfecture. Un logement classé F ou G au DPE voit, lui, son loyer totalement gelé depuis le 24 août 2022.
En quinze ans d’activité comme commissaire de justice, j’ai signifié des dizaines d’assignations en diminution de loyer. Le motif revient presque toujours : un complément de loyer fixé au doigt mouillé, sans lien avec une réelle caractéristique de confort. Un propriétaire m’avait expliqué défendre 80 euros de complément pour une baignoire d’angle installée en 2003, jamais rénovée depuis. Le juge d’instance a tranché en moins de trois minutes d’audience, en sa défaveur. Fixer le loyer correctement dès la signature du bail évite ce genre de mésaventure, qui coûte cher sur toute la durée de la location.
Zone tendue ou zone libre : la première étape avant de fixer le loyer
Tout commence par une vérification administrative, trop souvent sautée. Le décret n° 2013-392 du 10 mai 2013 liste les communes classées en zone tendue, où la demande de logements dépasse largement l’offre. Dans ces 28 agglomérations, la fixation du loyer reste libre pour une première mise en location, mais elle se trouve encadrée dès qu’il s’agit d’une relocation ou d’une révision en cours de bail. Hors de ces zones, le propriétaire dispose d’une liberté quasi totale pour fixer le loyer de son logement. Le seul garde-fou reste le marché : un loyer trop élevé se traduit mécaniquement par une vacance locative prolongée, ce qui coûte souvent plus cher qu’un ajustement raisonnable dès le départ.📌 Bon à savoir
Avant toute fixation de loyer, consultez l’observatoire local des loyers de votre ville si un existe. Ces données, souvent gratuites, donnent une fourchette réaliste par quartier et type de bien.
Avant toute fixation de loyer, consultez l’observatoire local des loyers de votre ville si un existe. Ces données, souvent gratuites, donnent une fourchette réaliste par quartier et type de bien.
Comment fixer le loyer dans une zone à encadrement strict
Paris, Lille et sa métropole, Lyon, Villeurbanne, Montpellier ou encore Bordeaux appliquent l’encadrement expérimental issu de la loi ALUR du 24 mars 2014, renforcé par la loi ELAN de 2018. Dans ces villes, trois plafonds coexistent pour chaque type de logement : un loyer de référence, un loyer de référence minoré et un loyer de référence majoré. Le loyer fixé ne peut légalement dépasser le loyer de référence majoré. Ce chiffre est publié chaque année par arrêté préfectoral et varie selon le nombre de pièces, l’époque de construction et le quartier. Dépasser ce plafond expose le bailleur à une action en diminution de loyer, que le locataire peut engager dans un délai de trois ans à compter de la signature du bail, conformément à l’article 17-2 de la loi du 6 juillet 1989.Le complément de loyer : une exception qui finit souvent devant le juge
Un complément de loyer ne se justifie que par une caractéristique de confort ou de localisation exceptionnelle, absente des critères déjà pris en compte dans le loyer de référence : vue dégagée remarquable, terrasse de grande taille, équipement rare. Je n’ai pas connaissance de décision de la Cour de cassation tranchant précisément cette notion à ce jour ; la jurisprudence reste essentiellement locale, portée par les commissions départementales de conciliation et les tribunaux judiciaires de proximité. Dans les faits, les juges d’instance saisis de ce contentieux suivent rarement l’argumentation du bailleur quand la caractéristique invoquée est ancienne, dégradée ou banale dans le quartier. La loi permet le complément de loyer, mais en pratique il demande des preuves solides : photos datées, comparatif de biens similaires, factures de travaux récents.⚖️ Le point juridique
Le complément de loyer doit être mentionné de façon détaillée et distincte dans le bail, avec son montant exact. À défaut de mention conforme, le locataire peut en demander la suppression pure et simple devant le juge, indépendamment de sa justification sur le fond.
Le complément de loyer doit être mentionné de façon détaillée et distincte dans le bail, avec son montant exact. À défaut de mention conforme, le locataire peut en demander la suppression pure et simple devant le juge, indépendamment de sa justification sur le fond.
DPE F et G : le loyer gelé depuis la loi Climat et Résilience
Depuis le 24 août 2022, l’article 159 de la loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 interdit toute augmentation de loyer pour les logements classés F ou G au diagnostic de performance énergétique. Cette interdiction s’applique lors de la mise en location, du renouvellement du bail et de la révision annuelle : le loyer reste figé tant que le logement n’a pas changé de classe énergétique. Concrètement, même si l’indice de référence des loyers progresse, le bailleur d’un bien classé F ou G ne peut pas répercuter cette hausse. Seuls des travaux de rénovation énergétique permettant de sortir du classement F ou G redonnent la main sur la fixation du loyer. Le calendrier des interdictions de location qui accompagne cette réforme se durcit d’ailleurs année après année.💡 À retenir
Un logement classé G ne peut plus être mis en location depuis le 1er janvier 2025. La classe F suivra en 2028. Au-delà du gel du loyer, c’est la location elle-même qui devient impossible sans travaux.
Un logement classé G ne peut plus être mis en location depuis le 1er janvier 2025. La classe F suivra en 2028. Au-delà du gel du loyer, c’est la location elle-même qui devient impossible sans travaux.
Relocation : peut-on fixer le loyer librement après le départ d’un locataire ?
En zone tendue, la réponse est non, sauf exceptions précises. L’article 17-1 de la loi du 6 juillet 1989 plafonne le nouveau loyer au montant appliqué au précédent locataire, revalorisé selon la variation de l’IRL depuis la dernière révision. Trois situations permettent toutefois d’y déroger : une vacance du logement supérieure à dix-huit mois, des travaux d’amélioration d’un montant au moins égal à une demi-année de loyer, ou un loyer manifestement sous-évalué par rapport au marché local, démontré par des références comparables. Cette dernière voie, la sous-évaluation manifeste, reste la plus contestée devant les commissions de conciliation. Elle exige de produire au moins trois références de loyers de logements comparables dans le même quartier, ce qui demande un minimum de rigueur documentaire au moment de la relocation.Réviser le loyer chaque année : l’indice de référence des loyers
Une fois le loyer initial fixé, sa révision annuelle dépend de l’indice de référence des loyers (IRL), publié trimestriellement par l’Insee. Le bail doit prévoir une clause de révision indexée sur l’IRL du trimestre de référence choisi à la signature, conformément à l’article 17-1 de la loi de 1989. Sans cette clause, aucune révision n’est possible. L’IRL progresse plus modérément depuis 2024 qu’au pic de 2023, autour de 2% sur un an selon les derniers trimestres publiés. Le bailleur dispose d’un délai d’un an à compter de la date prévue pour appliquer la révision rétroactivement ; passé ce délai, la hausse est définitivement perdue pour l’année concernée.| Situation | Zone concernée | Règle de fixation | Révision annuelle |
|---|---|---|---|
| Première mise en location | Toute zone | Loyer libre selon le marché | Indexation IRL possible |
| Relocation | Zone tendue (28 agglomérations) | Plafonné au loyer précédent revalorisé, sauf exceptions | Indexation IRL possible |
| Relocation ou nouveau bail | Villes à encadrement strict (Paris, Lille, Lyon…) | Plafonné au loyer de référence majoré | Dans la limite du plafond |
| Logement classé F ou G | Toute zone | Loyer gelé depuis le 24/08/2022 | Bloquée jusqu’aux travaux |
Sources
- Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, articles 17, 17-1 et 17-2
- Loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l’accès au logement et un urbanisme rénové (ALUR)
- Loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 (loi ELAN)
- Loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 (loi Climat et Résilience), article 159
- Décret n° 2013-392 du 10 mai 2013 relatif au champ d’application de la taxe sur les logements vacants, servant de base au classement des zones tendues
- Service-public.fr, indice de référence des loyers (IRL)
- ANIL, outils d’information sur l’encadrement des loyers


