Non, le permis de louer n’est pas une obligation nationale : il ne s’impose que dans les communes ou quartiers où le conseil municipal ou l’intercommunalité l’a instauré par délibération. Si votre logement se trouve dans l’une de ces zones, vous devez obtenir une autorisation (ou déposer une déclaration) avant chaque nouvelle mise en location, sous peine d’une amende pouvant atteindre 5 000 euros, voire 15 000 euros en cas de récidive. L’absence de permis ne rend pas le bail nul : seule une sanction administrative frappe le bailleur.
Ancien commissaire de justice, j’ai dressé des constats dans des dizaines de litiges où le propriétaire ignorait tout simplement que son immeuble venait d’entrer dans une zone soumise à permis de louer. Lille, Saint-Denis, Roubaix, certains arrondissements de Marseille ou de Nice ont mis en place ce dispositif depuis plusieurs années, parfois sans que les bailleurs en soient correctement informés par leur agence ou leur notaire. Résultat : un bail signé dans les règles côté loyer et diagnostics, mais entaché d’un vice purement administratif, qui peut coûter cher au moment d’un contrôle municipal.
Le permis de louer : une obligation qui dépend de votre commune, pas d’une loi nationale uniforme
Le dispositif a été créé par la loi ALUR du 24 mars 2014, codifiée aux articles L.635-1 à L.635-11 du Code de la construction et de l’habitation. Son principe est simple sur le papier : permettre aux communes de lutter contre l’habitat indigne en soumettant certaines mises en location à un contrôle préalable. En pratique, rien n’est automatique. Chaque commune, ou l’établissement public de coopération intercommunale compétent en matière d’habitat, décide seule de délimiter des zones ou des immeubles concernés, par une délibération précise qui fixe les rues, parfois même les numéros. Un propriétaire qui loue un studio à Paris n’est pas soumis aux mêmes règles qu’un propriétaire à Roubaix, Saint-Étienne ou dans certains quartiers de Marseille. Le permis de louer peut viser l’ensemble du parc locatif d’une ville, ou se limiter à un secteur précis jugé plus sensible en matière d’habitat dégradé.📌 Bon à savoir
Avant toute signature, consultez le site internet de la mairie ou de l’intercommunalité du bien : la plupart des communes concernées publient une carte interactive des zones soumises à autorisation ou déclaration. L’ANIL recense également un grand nombre de ces dispositifs.
Avant toute signature, consultez le site internet de la mairie ou de l’intercommunalité du bien : la plupart des communes concernées publient une carte interactive des zones soumises à autorisation ou déclaration. L’ANIL recense également un grand nombre de ces dispositifs.
Autorisation préalable ou déclaration de mise en location : deux dispositifs à ne pas confondre
Deux régimes coexistent, et ils ne se ressemblent pas du tout dans leur fonctionnement. L’autorisation préalable de mise en location (le « vrai » permis de louer) exige un accord de la mairie avant même de signer le bail. La déclaration de mise en location est plus souple : elle se dépose après la signature, dans un délai de quinze jours, et sert surtout à informer la collectivité qu’un logement vient d’être loué dans un secteur surveillé. Dans les deux cas, le silence de l’administration ne doit jamais être interprété à la légère. Pour l’autorisation préalable, l’absence de réponse dans le délai d’un mois vaut acceptation tacite, sauf si la mairie a notifié un refus motivé ou demandé des travaux avant mise en location. Pour la déclaration, le récépissé est délivré sous un mois également, mais le silence vaut là aussi validation.| Dispositif | Moment du dépôt | Délai de réponse | Sanction en cas de manquement |
|---|---|---|---|
| Autorisation préalable de mise en location | Avant la signature du bail | 1 mois (silence vaut acceptation tacite) | Jusqu’à 5 000 €, 15 000 € en cas de récidive |
| Déclaration de mise en location | Dans les 15 jours suivant la signature | Récépissé sous 1 mois (silence vaut déclaration) | Jusqu’à 5 000 € |
Comment savoir si votre bien est situé en zone soumise au permis de louer
La première démarche reste la plus fiable : contacter le service urbanisme ou habitat de la mairie, ou consulter directement la délibération publiée en préfecture. De nombreuses communes ont mis en ligne un téléservice dédié, où il suffit de saisir l’adresse exacte du logement pour savoir si une autorisation ou une déclaration est exigée. Un point mérite d’être signalé, parce qu’il surprend régulièrement les bailleurs expérimentés : les zones évoluent. Une commune peut étendre son dispositif d’une année sur l’autre, et un immeuble non concerné lors d’une précédente location peut très bien entrer dans le périmètre au moment du renouvellement du bail suivant. Vérifier une fois ne suffit pas ; il faut recontrôler à chaque nouvelle mise en location.⚖️ Le point juridique
L’article L.635-7 du Code de la construction et de l’habitation prévoit une amende administrative pouvant atteindre 5 000 euros, portée à 15 000 euros en cas de nouvelle infraction dans les trois ans. C’est le préfet, et non le juge judiciaire, qui prononce la sanction, après mise en demeure restée sans effet.
L’article L.635-7 du Code de la construction et de l’habitation prévoit une amende administrative pouvant atteindre 5 000 euros, portée à 15 000 euros en cas de nouvelle infraction dans les trois ans. C’est le préfet, et non le juge judiciaire, qui prononce la sanction, après mise en demeure restée sans effet.
Demander un permis de louer : délais et pièces à fournir
La procédure varie légèrement d’une commune à l’autre, mais le socle reste identique : un formulaire Cerfa dédié (le n°15652*03 pour l’autorisation préalable), accompagné d’un diagnostic technique du logement, parfois du dossier de diagnostic technique complet selon les exigences locales.Le dossier à transmettre avant la signature du bail
Pour l’autorisation préalable, le dossier doit être déposé avant toute signature de contrat de bail. Mieux vaut anticiper largement : entre la constitution du dossier, l’envoi, et le délai d’instruction d’un mois, compter un bon mois et demi avant de pouvoir signer sereinement. Un bailleur pressé qui signe avant d’avoir obtenu l’accord s’expose à l’amende, même si la demande est en cours d’instruction.Le silence de la mairie vaut-il acceptation ?
Oui, dans la majorité des cas, mais avec une nuance qui dérange souvent les propriétaires : certaines communes notifient un refus tardif, après le délai théorique d’un mois, en s’appuyant sur des éléments complémentaires demandés en cours d’instruction. En théorie, la loi protège le bailleur par l’acceptation tacite ; en pratique, mieux vaut obtenir une confirmation écrite avant de signer, plutôt que de se fier uniquement au silence administratif.Que risque le bailleur qui loue sans permis de louer ?
La sanction est purement administrative. Elle ne touche ni la validité du bail, ni les droits du locataire sur le logement : un oubli de permis de louer n’entraîne pas la nullité du contrat. C’est un point que beaucoup de bailleurs ignorent, et qui mérite d’être dit clairement : aucune jurisprudence de la Cour de cassation ne vient prononcer l’annulation d’un bail pour ce motif, le texte légal ne le prévoit d’ailleurs pas. En revanche, l’amende, elle, est bien réelle et peut s’accumuler en cas de contrôles répétés sur plusieurs logements d’un même propriétaire bailleur. J’ai vu des dossiers où le cumul sur trois biens loués sans autorisation dépassait largement le montant d’un loyer annuel.💡 À retenir
Le bail reste valable même sans permis de louer obtenu : seule une amende administrative sanctionne le bailleur, prononcée par le préfet après mise en demeure.
Le bail reste valable même sans permis de louer obtenu : seule une amende administrative sanctionne le bailleur, prononcée par le préfet après mise en demeure.
Bail meublé, bail nu, colocation : le permis de louer s’applique-t-il partout pareil ?
Le dispositif ne fait pas de distinction selon le régime du bail. Qu’il s’agisse d’un bail nu ou d’un bail meublé, la commune peut soumettre l’ensemble du parc locatif, ou cibler uniquement certains types de logements dans sa délibération. La colocation n’échappe pas non plus à la règle : chaque mise en location d’un logement, même partagé, entre dans le champ du permis de louer si le bien est situé en zone concernée. Les meublés touristiques de courte durée suivent une logique différente, soumise à une réglementation distincte de celle du permis de louer classique, qui relève du droit commun de la location.📌 Bon à savoir
Un bien situé en zone tendue n’est pas automatiquement soumis au permis de louer : ce sont deux dispositifs distincts, l’un lié à l’encadrement des loyers, l’autre à la lutte contre l’habitat indigne. Un logement peut relever des deux, de l’un seul, ou d’aucun.
Pour les bailleurs gérant plusieurs biens, centraliser les démarches administratives évite les oublis. Un logiciel de contrat de location permet de suivre les échéances propres à chaque logement, y compris les zones à vérifier avant chaque renouvellement. Pour les particuliers qui gèrent seuls un ou deux biens, une solution de gestion locative pour particuliers aide également à ne pas confondre les obligations spécifiques d’un bien avec celles d’un autre.
Un bien situé en zone tendue n’est pas automatiquement soumis au permis de louer : ce sont deux dispositifs distincts, l’un lié à l’encadrement des loyers, l’autre à la lutte contre l’habitat indigne. Un logement peut relever des deux, de l’un seul, ou d’aucun.
Sources
- Loi n°2014-366 du 24 mars 2014 pour l’accès au logement et un urbanisme rénové (loi ALUR), article 92
- Code de la construction et de l’habitation, articles L.635-1 à L.635-11 (autorisation préalable de mise en location)
- Code de la construction et de l’habitation, articles L.634-1 à L.634-5 (déclaration de mise en location)
- Décret n°2016-1790 du 19 décembre 2016 relatif aux régimes d’autorisation préalable et de déclaration de mise en location


