Oui, l'interdiction de location d'un logement classé G au DPE frappe un bail signé avant le 1er janvier 2025 dès sa première reconduction tacite ou son renouvellement intervenant à compter de cette date : le logement devient alors juridiquement non décent. En revanche, cette interdiction ne s'applique pas automatiquement à tous les baux en cours au 1er janvier 2025. Tant que le contrat n'a pas atteint son échéance de reconduction, l'ancien régime continue de s'appliquer. Cette lecture est confirmée par une réponse ministérielle du 17 juillet 2025 et par plusieurs jugements rendus en 2025.
La question revient dans presque tous les dossiers de passoire énergétique. Un logement classé G, loué depuis 2022 ou 2023, tombe-t-il sous le coup de l'interdiction dès le 1er janvier 2025, ou seulement plus tard ? La réponse engage le loyer, la validité de la location et parfois une procédure. Et elle n'a rien d'évident, parce que la loi Climat et Résilience a fixé une date d'entrée en vigueur sans dire ce qu'elle faisait des contrats déjà signés.
En tant qu'ancien commissaire de justice, j'ai vu des bailleurs paniquer début 2025 en pensant leur bien aussitôt illouable, et des locataires croire qu'ils pouvaient cesser de payer du jour au lendemain. Les deux se trompaient. La vérité juridique est plus précise, et elle tient en un mot : la reconduction. Voici ce que disent les textes, la réponse du Gouvernement et les premiers juges, puis comment l'appliquer à votre bail, date par date.
Ce que dit la loi : le seuil de décence énergétique depuis le 1er janvier 2025
Depuis le 1er janvier 2025, un logement décent doit afficher une classe comprise entre A et F. L'article 6 de la loi du 6 juillet 1989 le prévoit expressément, et le décret du 30 janvier 2002 reprend ce seuil à son article 3 bis. Traduction concrète : un logement classé G ne répond plus au critère de décence énergétique en France métropolitaine.
Ce seuil n'est que la première marche d'un calendrier plus large. Le G est visé depuis 2025, le F le sera en 2028, le E en 2034. Pour le détail de ces échéances, notre calendrier des interdictions de location liées au DPE reprend chaque date. La difficulté n'est donc pas de savoir que le G est concerné, mais de savoir quand il le devient pour un bail déjà en cours.
On parle ici du critère de décence, pas d'une interdiction de louer frappant le propriétaire d'une amende. Un logement G n'est pas « hors la loi » du jour au lendemain : il devient contestable par le locataire sur le terrain de la décence, ce qui ouvre des recours précis détaillés plus bas.
Baux en cours : pourquoi l'interdiction de location ne s'applique pas automatiquement au 1er janvier 2025
C'est tout le nœud du problème. L'article 160 de la loi Climat et Résilience du 22 août 2021, qui modifie la loi de 1989, se contente d'indiquer que ses dispositions entrent en vigueur le 1er janvier 2025. Il ne dit nulle part qu'elles ne visent que les baux conclus, renouvelés ou reconduits après cette date. Cette absence de disposition transitoire a créé un vide, et le vide juridique se comble toujours par les principes généraux.
Le principe applicable, c'est l'article 2 du Code civil : la loi nouvelle ne rétroagit pas, et en matière de contrat, la loi ancienne survit pour les situations en cours, sous réserve des règles d'ordre public. Un bail signé en 2022 reste donc régi par les conditions de 2022, jusqu'au moment où il se renouvelle. Et ce moment, pour une location vide consentie par un particulier, arrive par le jeu de l'article 10 de la loi de 1989 : faute de congé, le bail est tacitement reconduit pour une nouvelle période de trois ans.
La reconduction tacite n'est pas un simple prolongement : elle ouvre une nouvelle période contractuelle, même sans signer le moindre document. C'est à cet instant que la loi nouvelle s'applique au contrat, et donc que le critère de décence énergétique devient opposable au logement G.
DPE G et reconduction tacite : le moment précis où l'interdiction devient opposable
Mettons les trois textes bout à bout. Le seuil de décence (classe A à F) s'applique depuis 2025. La loi ancienne survit pour les baux en cours, faute de disposition transitoire. La reconduction tacite fait naître une nouvelle période contractuelle soumise à la loi en vigueur ce jour-là. La conclusion s'impose : pour un bail signé avant 2025, le logement G bascule en non-décence à la date de sa première reconduction tacite postérieure au 1er janvier 2025, pas avant.
La réponse ministérielle du 17 juillet 2025 qui tranche la question
Cette lecture n'est pas une construction d'auteur. Le sénateur Hervé Maurey a posé exactement cette question au Gouvernement : un logement G loué avant 2025 est-il immédiatement non décent, ou seulement à l'échéance du bail ? La réponse du ministère chargé du Logement, publiée au Journal officiel du Sénat le 17 juillet 2025, est sans ambiguïté.
L'interdiction de location des passoires énergétiques ne s'applique pas aux contrats en cours avant l'échéance de renouvellement ou de la reconduction tacite.
Réponse ministérielle n° 01610, JO Sénat du 17 juillet 2025Le ministère ajoute que les nouvelles exigences valent pour les baux nouvellement conclus, renouvelés ou tacitement reconduits à compter de chacune des dates du calendrier. Vous pouvez lire la réponse officielle sur le site du Sénat. Une précision d'honnêteté s'impose : une réponse ministérielle éclaire la position du Gouvernement, elle n'a pas la force d'une loi ni d'un arrêt de la Cour de cassation. D'où l'intérêt de regarder ce que les juges en ont fait.
Le ministère a confirmé la même règle dans une FAQ administrative actualisée le 19 décembre 2025 : les nouvelles exigences s'appliquent au logement à l'occasion du renouvellement ou de la reconduction tacite du bail, et non dès la date d'entrée en vigueur du seuil.
Trois jugements de 2025 qui confirment le report à l'échéance
Les premiers tribunaux saisis ont retenu la même logique. Trois décisions méritent d'être citées, car elles traitent frontalement de l'articulation entre un bail ancien et le nouveau seuil.
Le tribunal judiciaire de Paris, le 26 juin 2025 (RG n° 24/04983, affaire SCI Les Gentianes), juge que le locataire ne peut invoquer les nouvelles règles de décence qu'à partir de la reconduction intervenant après le 1er janvier 2025. Le bail ayant été reconduit le 1er mars 2024, le juge fixe la prochaine échéance pertinente au 1er mars 2027. Le même tribunal, le 31 juillet 2025 (RG n° 24/05909), retient que les exigences de performance s'appliqueront à la prochaine reconduction tacite, prévue le 7 janvier 2026, et ordonne une expertise, la classe du logement étant contestée.
À Versailles, le 22 mai 2025 (RG n° 24/00886), le tribunal juge un bail ayant pris effet le 1er septembre 2022 sur un logement G et applique le principe de survie de la loi ancienne, faute de disposition transitoire imposant le nouveau seuil aux contrats en cours. À mon sens, les deux décisions parisiennes sont les plus solides sur la reconduction tacite. Mais restons lucides : ce sont des jugements de première instance, pas une jurisprudence de principe de la Cour de cassation.
Interdiction de location d'un DPE G : à quelle date pour un bail reconduit ?
Voici comment lire votre situation, pour une location vide en métropole consentie par un bailleur personne physique, avec des baux de trois ans reconduits sans échéance particulière.
| Signature du bail | Prochaine reconduction | Interdiction G opposable |
|---|---|---|
| 1er février 2022 | 1er février 2025 | Depuis le 01/02/2025 |
| 1er septembre 2022 | 1er septembre 2025 | Depuis le 01/09/2025 |
| 1er décembre 2023 | 1er décembre 2026 | À partir du 01/12/2026 |
| 1er juin 2024 | 1er juin 2027 | À partir du 01/06/2027 |
| 1er janvier 2025 | Nouveau bail | Immédiatement |
Un bail non encore reconduit depuis 2025 peut tout de même être non décent pour un autre motif. Le critère de consommation d'énergie finale, qui écarte les logements les plus énergivores, s'applique à certains contrats depuis 2023. La reconduction tacite décale l'opposabilité du seuil par classe, elle n'efface pas les autres exigences de décence.
Quelles conséquences si un logement G est reconduit après 2025 ?
Il faut distinguer deux choses que l'on confond souvent : la non-décence et la validité du bail. Un contrat ne devient pas nul parce que le logement est classé G. Le bail continue, le locataire reste en place, et le loyer reste dû.
Non-décence
Le locataire peut réclamer la mise en conformité. Le juge peut ordonner des travaux, réduire ou suspendre le loyer, voire suspendre la durée du bail jusqu'à leur exécution.
Validité du bail
Le contrat n'est pas nul. Pas d'expulsion automatique, pas de disparition du bail : le logement reste loué et occupé pendant toute la procédure.
Le loyer reste dû
Le classement G, à lui seul, n'autorise pas le locataire à cesser de payer de sa propre initiative. Seul le juge peut décider d'une réduction ou d'une suspension. Nous l'expliquons en détail dans notre article : un locataire peut-il décider seul d'arrêter de payer le loyer.
Certaines situations échappent d'ailleurs à l'obligation de travaux, que détaille notre article sur les exceptions à l'interdiction de location des passoires énergétiques. Le vrai risque, pour le bailleur, est financier et judiciaire, pas la perte immédiate du contrat.
DPE G et reconduction tacite : ce que je ferais à votre place
Trois réflexes, dans l'ordre, avant toute décision.
Repérez d'abord la date exacte de votre dernière reconduction : c'est elle, et non la date de la loi, qui fixe le moment où le critère devient opposable. Posez-vous ensuite la vraie question patrimoniale, bien avant l'échéance : travaux de rénovation, vente, ou changement d'usage. Si vous envisagez de reprendre le logement, anticipez le congé, dont les conditions pour un bien classé G sont particulières et que nous traitons dans notre article sur le congé pour un logement classé G. Gardez enfin une trace écrite de votre DPE et de la chronologie du bail : en cas de litige, c'est la date de reconduction qui fera la décision, et c'est à vous de pouvoir la prouver.
Une dernière réserve, parce qu'elle est honnête. Toute cette analyse repose sur une réponse ministérielle, des jugements de première instance et une lecture des textes qui fait consensus, mais aucun arrêt de la Cour de cassation n'est encore venu la graver dans le marbre. La position est solide, elle n'est pas définitive. Pour un dossier destiné à être opposé à un locataire, je m'appuierais sur la réponse ministérielle du 17 juillet 2025 et sur le jugement du tribunal judiciaire de Paris du 26 juin 2025, les deux références les plus directement adaptées.
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Sources
- Réponse ministérielle à la question écrite n° 01610 de M. Hervé Maurey (ministère chargé du Logement), publiée au Journal officiel du Sénat le 17 juillet 2025, p. 4162
- Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, articles 6, 10 et 20-1 (Légifrance)
- Loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 (Climat et résilience), article 160 ; décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002, article 3 bis
- Article 2 du Code civil (non-rétroactivité et survie de la loi ancienne)
- TJ Paris, 26 juin 2025, RG n° 24/04983 ; TJ Paris, 31 juillet 2025, RG n° 24/05909 ; TJ Versailles, 22 mai 2025, RG n° 24/00886 (jugements de première instance)
- FAQ du ministère de la Transition écologique sur la décence énergétique, actualisée le 19 décembre 2025


