Au 1er janvier 2027, la notion d’impaye CAF change : un seuil de 450 euros ou trois mois de defaut, la CCAPEX decisionnaire et l’APL versee au bailleur. Voici le mode d’emploi.
Un impayé CAF, pour un locataire qui touche une aide au logement, ne se définit plus de la même manière à partir du 1er janvier 2027. Le décret n° 2026-84 du 12 février 2026 remplace l'ancien seuil (deux mois de loyer net d'aide) par deux critères alternatifs : une dette de plus de 450 euros, ou trois mois de défaut de paiement quel qu'en soit le montant. Dès qu'un seuil est franchi, le bailleur qui perçoit l'APL doit signaler la situation à la CAF ou à la MSA dans un délai de deux mois. La réforme vise à repérer les impayés plus tôt, pas à durcir la sanction du locataire de bonne foi.
Pendant plus de dix ans, j'ai signifié des commandements de payer et vu des dossiers d'impayés se transformer en expulsions. Ce qui revenait le plus souvent, ce n'était pas la mauvaise foi, c'était le retard : une dette repérée trop tard, quand elle avait déjà atteint plusieurs milliers d'euros et qu'il n'y avait plus rien à sauver. La réforme de l'impayé CAF qui entre en vigueur au 1er janvier 2027 s'attaque précisément à ce point. Elle ne change pas la procédure judiciaire, elle change le moment où la machine sociale se met en route. Pour un bailleur dont le locataire touche l'APL, c'est un changement concret, avec des délais à tenir et un intérêt direct : récupérer l'aide en direct plutôt que de la voir se diluer dans une dette qui enfle. Encore faut-il comprendre ce qui change vraiment.
1Impayé CAF : la nouvelle définition au 1er janvier 2027
Jusqu'au 31 décembre 2026, la règle est restée celle du décret de 2016 : un impayé au sens de la CAF était constitué quand la dette atteignait deux fois le montant du loyer, après déduction de l'aide au logement. Un seuil unique, souvent atteint tard, et calculé d'une façon que peu de bailleurs maîtrisaient.
Le décret n° 2026-84 du 12 février 2026 réécrit l'article R. 824-2 du code de la construction et de l'habitation. Désormais, un impayé de dépense de logement est constitué dans l'un ou l'autre de ces deux cas.
⚖️ Le point juridique
Verbatim de l'article R. 824-2 nouveau : l'impayé est constitué « 1° Lorsque trois mois après un premier défaut de paiement constaté par le bailleur, quel que soit son montant, le ménage n'a toujours pas payé sa dépense de logement ; 2° Lorsque le montant de l'impayé dépasse 450 euros ». La dépense de logement, c'est le loyer et les charges, déduction faite le cas échéant de la réduction de loyer de solidarité.
Le double critère n'est pas un hasard. Le seuil de 450 euros capte les grosses dettes rapides, typiquement un loyer non payé en zone tendue. Le critère des trois mois capte les petits impayés partiels qui s'installent, ces retards de quelques dizaines d'euros qui passaient sous le radar de l'ancien seuil. La réforme rend l'impayé visible plus tôt, dans les deux cas de figure.
2Impayé CAF : qui est concerné, et qui ne l'est pas
Un point que je veux clarifier tout de suite, parce qu'il crée beaucoup de confusion. Cette réforme ne concerne que les locataires qui perçoivent une aide personnelle au logement : l'APL, mais aussi l'ALF et l'ALS. Si votre locataire ne touche aucune aide, la notion d'impayé CAF ne s'applique pas à lui, et ces nouveaux seuils ne changent rien à votre situation. Un impayé CAF suppose toujours un locataire aidé.
La réforme ne touche pas non plus la procédure judiciaire. Le commandement de payer, l'assignation, le jugement, la procédure d'expulsion pour loyer impayé restent régis par leurs propres règles et leurs propres délais. Le décret agit uniquement sur le traitement social et administratif de l'aide au logement. Autrement dit, l'impayé CAF travaille en amont, avant et à côté du tribunal, jamais à sa place. Côté accompagnement, il s'articule aussi avec les aides mobilisables en cas d'impayé de loyer.
📌 Bon à savoir
Pour un bailleur du parc privé dont le bien n'est pas conventionné et dont le locataire ne touche pas d'APL, l'effet de la réforme est nul. C'est l'une des raisons pour lesquelles de plus en plus de bailleurs s'intéressent au conventionnement, qui ouvre le tiers-payant et donc le versement direct de l'aide.
3Signaler un impayé CAF : des délais à ne pas rater
C'est la partie opérationnelle, celle qui engage le bailleur. Le signalement d'un impayé CAF suit désormais une chaîne avec des délais précis, et le premier maillon, c'est vous.
Quand le bailleur perçoit l'aide pour le compte du locataire, en tiers-payant, il doit signaler l'impayé à l'organisme payeur (CAF ou MSA) dans un délai de deux mois après sa constitution, sauf si la somme a été réglée entre-temps. L'organisme payeur dispose ensuite de quinze jours pour informer la CCAPEX, la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives. Il peut d'ailleurs la saisir dès qu'il a connaissance d'un défaut, même avant que l'impayé ne soit formellement constitué.
Ce délai de deux mois n'est pas une formalité. Le respecter conditionne le bon traitement du dossier et l'orientation de l'aide. Un bailleur qui laisse filer, qui découvre l'impayé trois mois plus tard sur un relevé, perd cette fenêtre. La réforme récompense la réactivité, et pénalise l'inattention.
4APL versée au bailleur et rôle décisionnaire de la CCAPEX
Voici les deux vrais leviers pour le propriétaire. Premier levier, le versement direct. La CAF pourra plus facilement basculer l'aide vers le bailleur, en tiers-payant, plutôt que de la verser au locataire. Concrètement, une part du loyer continue d'arriver malgré l'impayé, ce qui freine l'accumulation de la dette. Cette bascule n'est ni automatique ni irréversible, mais elle devient plus accessible et plus précoce.
Second levier, la CCAPEX devient décisionnaire. C'est elle qui tranche sur le maintien ou la suspension de l'aide. Et le principe posé est favorable au locataire de bonne foi : le maintien de l'APL devient la règle, y compris après résiliation judiciaire du bail, tant que l'occupant règle l'indemnité d'occupation fixée par le juge. La suspension ne peut intervenir que dans des cas limités : mauvaise foi constatée par une décision de justice, rejet d'un dossier de surendettement pour mauvaise foi, ou preuve que l'allocataire peut payer sans difficulté.
💡 À retenir
Le maintien de l'aide n'est pas un cadeau fait au locataire au détriment du bailleur. Une APL maintenue et versée en direct, c'est une part du loyer qui tombe quand même. Le bailleur y gagne autant que l'occupant. La double peine d'hier, dette qui monte et aide coupée, disparaît.
5Impayé CAF : ce que le bailleur a intérêt à mettre en place
La réforme n'est pas rétroactive. Elle ne s'applique qu'aux situations d'impayé signalées à compter du 1er janvier 2027 ; jusqu'au 31 décembre 2026, l'ancien seuil des deux mois de loyer net d'aide continue de faire foi. Vous avez donc quelques mois pour adapter votre gestion, et trois réflexes valent la peine.
D'abord, détecter tôt. Le seuil d'impayé CAF, 450 euros ou trois mois, se franchit vite : il faut repérer le premier défaut dès qu'il tombe, pas au trimestre suivant. Ensuite, formaliser le signalement : un dossier daté, un envoi tracé à la CAF ou à la MSA dans les deux mois, une preuve conservée. Enfin, garder l'historique : en cas de passage devant la CCAPEX, la qualité de votre suivi pèse sur la décision.
Rien de tout cela ne tient sur un coin de table. Suivre les loyers en temps réel, être alerté au premier euro manquant et centraliser vos dossiers dans votre espace Qalimo transforme une obligation administrative en simple routine. Le bailleur qui voit l'impayé CAF le jour où il naît est celui qui garde la main. Une mise en demeure envoyée tôt reste, elle aussi, la meilleure arme contre une dette qui s'installe.
| Élément | Jusqu'au 31 décembre 2026 | À partir du 1er janvier 2027 |
|---|---|---|
| Définition de l'impayé | 2 mois de loyer net d'aide | 450 € OU 3 mois de défaut |
| Délai de signalement bailleur | Variable, peu encadré | 2 mois après constitution |
| Décision sur l'aide | Organisme payeur | CCAPEX décisionnaire |
| Maintien de l'APL | Sous conditions | Principe, sauf mauvaise foi |
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Essayer Qalimo gratuitementNicolas Thomas
Cofondateur de Qalimo, ancien commissaire de justice (huissier de justice), plus de 1 000 litiges locatifs traités.
Sources
- Décret n° 2026-84 du 12 février 2026 relatif aux impayés de dépense de logement pour les bénéficiaires des aides personnelles au logement (JO du 13 février 2026).
- Décret n° 2026-83 du 12 février 2026 relatif aux CCAPEX.
- Code de la construction et de l'habitation, articles R. 824-1 à R. 824-5 (nouvelle rédaction) et L. 823-3, L. 824-2.
- Loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 (ALUR) : principe du maintien de l'aide en cas d'impayé de bonne foi.
- Loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 (protection des logements contre l'occupation illicite), texte d'application.
- ANIL, note sur le traitement des impayés des aides personnelles au logement.
Réserves : le décret entre en vigueur au 1er janvier 2027 et n'est pas rétroactif ; jusqu'à cette date, l'ancien seuil s'applique. Le versement direct de l'aide au bailleur suppose le tiers-payant, qui dépend du conventionnement et de la situation du dossier. Le verbatim de l'article R. 824-2 est à recontrôler sur Légifrance (version consolidée) avant citation dans un acte. Les modalités de saisine et de décision de la CCAPEX relèvent du décret n° 2026-83 et de textes d'application ultérieurs.


