Les bases du bailLoi du 6 juillet 1989, article 4

Clause abusive dans le bail de location : quelles clauses sont réputées non écrites ?

Pénalité de retard, frais de relance, interdiction d'héberger, prélèvement imposé : une clause abusive dans un bail de location ne s'applique pas, même signée. Elle tombe, le reste du bail continue. La liste de l'article 4 commentée, les exemples les plus courants et un vérificateur pour tester vos propres clauses.

Nicolas Thomas, ancien commissaire de justice , ancien commissaire de justice, fondateur de Qalimo
Sources vérifiées le 29 octobre 2026
20clausesinterdites par l'article 4, de la lettre a à la lettre t
2heuresde visites par jour ouvrable au plus, jamais un jour férié
21joursde travaux au-delà desquels le locataire garde son droit à indemnité
0jugenécessaire pour qu'une clause réputée non écrite cesse de s'appliquer

Une clause abusive dans un bail de location est, le plus souvent, une clause que l'article 4 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 déclare réputée non écrite : pénalités et amendes, frais de relance ou de quittance, prélèvement automatique imposé, assureur imposé, interdiction d'héberger un proche, résiliation automatique pour un motif non prévu par la loi, et quatorze autres. La clause est traitée comme si elle n'avait jamais été écrite : elle ne produit aucun effet, mais le reste du bail reste valable. La liste vaut quel que soit le bailleur, particulier ou professionnel, et Service-public.fr l'applique aussi au bail meublé, sauf la règle sur la reconduction. Au-delà de cette liste, une clause qui crée un déséquilibre significatif peut aussi être écartée par le juge (code civil, article 1171).

Interdit
Les 20 clauses de l'article 4, même acceptées et signées.
Effet
La clause disparaît, le bail continue sans elle.
Permis
Assurance, entretien, sous-location soumise à accord, solidarité encadrée.
Au-delà
Le déséquilibre significatif, apprécié par le juge.
“

Dans les baux que j'ai eus entre les mains, la clause interdite était rarement là par malveillance. Elle venait d'un vieux modèle recopié de bail en bail : une pénalité de retard, des frais de relance, une interdiction d'héberger. Le jour du litige, elle ne servait jamais le bailleur. Elle donnait au locataire un argument de plus, et au juge l'impression d'un dossier mal tenu.

Nicolas Thomas, ancien commissaire de justice

La conséquence

La clause tombe, le bail reste

« Réputée non écrite » ne veut pas dire « nulle avec le contrat ». La clause est retirée, la loi s'applique à sa place, et toutes les autres stipulations du bail continuent de lier les deux parties.

Bail signé
Durée, loyer, charges
Dépôt de garantie
Pénalité de retard de 10 %
Assurance et entretien
Clause résolutoire pour impayé
Ce qui reste

Tout le bail, sauf la clause interdite. Le loyer reste dû, la clause résolutoire pour impayé reste valable.

Ce qui disparaît

La pénalité : elle ne peut plus être réclamée, et ce qui a été encaissé à ce titre n'avait pas de base.

Ce qui la remplace

La règle légale : en cas de retard, le bailleur relance, met en demeure, puis agit en paiement.

Pas besoin d'un juge pour qu'elle cesse de jouer. Une clause réputée non écrite ne s'applique pas de plein droit. Le bailleur ne peut pas s'en prévaloir, et le locataire peut refuser de l'exécuter. Le juge n'intervient qu'en cas de désaccord, pour constater qu'elle est sans effet. Le code civil pose le principe : le contrat est maintenu lorsque la loi répute la clause non écrite (article 1184).

Une signature n'y change rien. L'article 4 est d'ordre public : un locataire ne peut pas y renoncer, même en paraphant chaque page et en écrivant « lu et approuvé ». Les sommes versées en application d'une clause interdite, pénalités ou frais de relance, peuvent être réclamées par le locataire.

L'outil

Le vérificateur de clause : interdite, permise ou encadrée ?

Cherchez un mot de votre bail ou choisissez une clause dans la liste. La réponse donne le texte qui s'applique et ce qu'il faut faire.

Verdict Réputée non écrite Loi du 6 juillet 1989, article 4, i

Le bail ne peut pas autoriser le bailleur à percevoir des amendes ou des pénalités en cas de manquement du locataire aux clauses du contrat ou au règlement de l'immeuble.

Ne réclamez pas la pénalité. En cas de retard, relancez puis mettez en demeure : seuls le loyer, les charges et, après décision du juge, les intérêts et dommages et intérêts sont dus.

Indicatif. Le vérificateur couvre les clauses les plus fréquentes des baux d'habitation soumis à la loi du 6 juillet 1989, vides ou meublés. Une clause non listée peut rester contestable au titre du déséquilibre significatif (code civil, article 1171). En cas de doute, l'ADIL de votre département répond gratuitement. Sources : loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, articles 4, 7, 8, 8-1, 21 et 22 ; loi n° 70-598 du 9 juillet 1970, article 10 ; Service-public.fr, clauses interdites dans un bail d'habitation (vérifié le 1er octobre 2026).

Article 4, commenté

Les 20 clauses interdites, classées par sujet

L'article 4 de la loi du 6 juillet 1989 énumère vingt clauses, de a à t. Les voici regroupées, avec ce qu'elles visent en pratique. Le texte de chaque article de la loi est présenté dans notre guide de la loi du 6 juillet 1989.

L'argent

  • c
    Prélèvement automatique ou traites imposésLe prélèvement peut être proposé, jamais exigé. Voyez le paiement par prélèvement.
  • d
    Retenue du loyer sur le salaireLe bail ne peut pas autoriser le bailleur à se payer directement sur la paie.
  • i
    Amendes et pénalitésLa pénalité de retard « de 10 % » en fait partie, comme toute amende pour manquement au bail ou au règlement.
  • k
    Frais d'état des lieuxSeul le constat par commissaire de justice, quand l'état des lieux amiable est impossible, se partage par moitié (article 3-2).
  • o
    Sommes en plus du dépôt et des honorairesRien d'autre que le dépôt de garantie et les honoraires permis par l'article 5 ne peut être exigé à la signature.
  • p
    Frais de relance, de quittance ou de procédureLa quittance est gratuite. Les frais de procédure ne se récupèrent que par les dépens et l'article 700, sur décision du juge.

Réparations et responsabilité

  • e
    Responsabilité collective des locatairesUne dégradation des parties communes ne se répartit pas entre tous les locataires de l'immeuble.
  • f
    Réparations sur la seule estimation du bailleurLe locataire ne paie pas d'avance un montant fixé par vous seul : il faut un devis, une facture, un état des lieux.
  • m
    Exonération du bailleurUne clause qui vous dégage de toute responsabilité, ou qui interdit au locataire de la rechercher, ne vaut rien.
  • q
    Responsabilité automatique du locataireUne dégradation constatée n'est pas forcément de son fait : vétusté, malfaçon, force majeure. Voyez les réparations locatives.
  • r
    Renonciation à indemnité pour travauxSi vos travaux durent plus de 21 jours, le bail ne peut pas priver le locataire du droit de vous demander une indemnité.

La vie dans le logement

  • a
    Visites trop largesPour une vente ou une relocation : jamais un jour férié, deux heures au plus les jours ouvrables.
  • b
    Assureur imposéVous pouvez exiger une attestation d'assurance chaque année, pas choisir la compagnie. Voyez l'attestation d'assurance.
  • h
    Prestations supprimées sans contrepartieRetirer un service prévu au bail sans baisse équivalente du loyer est interdit.
  • j
    Activités politiques, syndicales, associatives ou confessionnellesLe bail ne peut pas les interdire au locataire.
  • n
    Interdiction d'hébergerLe locataire peut recevoir et loger des proches. Voyez l'hébergement d'un tiers.
  • t
    Location d'équipements imposéeLe bail ne peut pas obliger à louer un équipement en plus du logement.

Durée et fin du bail

  • g
    Résiliation automatique pour un autre motifSeuls quatre motifs permettent une clause résolutoire. Voyez la clause résolutoire.
  • l
    Reconduction raccourcieEn location vide, la reconduction dure trois ans, six si le bailleur est une personne morale (article 10).
  • s
    Résiliation par simple ordonnance de référé non susceptible d'appelLe locataire ne peut pas être privé de son droit de faire appel.

Les quatre motifs de clause résolutoire permis. Le non-paiement du loyer ou des charges, le non-versement du dépôt de garantie, le défaut d'assurance, et les troubles de voisinage constatés par une décision de justice passée en force de chose jugée. Toute autre cause de résiliation automatique tombe sous le g. Le détail des délais et du commandement est dans notre guide sur la clause résolutoire du bail.

Ce qui reste permis

Six clauses souvent contestées qui tiennent

Toute contrainte n'est pas abusive. Ces clauses reprennent une obligation que la loi met déjà à la charge du locataire, ou un encadrement qu'elle autorise.

Permise

Justifier de son assurance

Le locataire doit s'assurer et en justifier à la remise des clés, puis chaque année à votre demande (article 7, g). Seul le choix de l'assureur lui appartient.

Permise

Sous-location soumise à accord

Sans votre accord écrit, y compris sur le prix, le locataire ne peut pas sous-louer (article 8). Voyez la sous-location.

Permise

Entretien à la charge du locataire

Entretien courant, menues réparations, visite annuelle de la chaudière : la clause rappelle l'article 7, d. Voyez l'entretien de la chaudière.

Encadrée

Solidarité entre colocataires

Valable, mais celle du colocataire qui part cesse dès qu'un remplaçant figure au bail, et au plus tard six mois après son congé (article 8-1, VI). Voyez le colocataire sortant.

Encadrée

Animaux de compagnie

Une interdiction générale est écartée par la loi du 9 juillet 1970 (article 10), hors de l'article 4. Seule l'interdiction des chiens de première catégorie est permise. Voyez les animaux en location.

Encadrée

Dépôt de garantie

Prévu au bail, il est plafonné à un mois de loyer hors charges en location vide et à deux mois en meublé (articles 22 et 25-6). Au-delà, l'excédent n'est pas dû.

Au-delà de la liste

Interdite ou abusive : deux mécanismes différents

La liste noire de l'article 4

Automatique : si la clause correspond à l'une des vingt lettres, elle est réputée non écrite, sans discussion sur son équilibre. Elle vise tous les bailleurs, particuliers comme professionnels.

Le déséquilibre significatif

Une clause non listée peut encore être écartée. Dans un contrat d'adhésion, une clause non négociable qui crée un déséquilibre significatif est réputée non écrite (code civil, article 1171). Face à un bailleur professionnel, le code de la consommation joue aussi (article L212-1).

La Commission des clauses abusives a publié une recommandation sur les baux d'habitation conclus avec un bailleur professionnel (n° 00-01, adoptée le 17 février 2000). Elle recommande notamment d'éliminer les clauses qui présentent comme légales des obligations seulement contractuelles, qui imposent au locataire plus que ce que la loi lui demande, ou qui prévoient des pénalités à sens unique. Ce n'est pas une loi, mais les juges s'y réfèrent.

À l'inverse, une clause n'est pas abusive du seul fait qu'elle protège le bailleur. La Cour de cassation a refusé de juger abusive la clause de solidarité d'un bail signé par deux colocataires avec un office public de l'habitat (3e chambre civile, 12 janvier 2017, n° 15-15.175, analysé par l'ANIL).

Côté bailleur

Votre bail contient une clause interdite : les quatre gestes

Inutile de faire signer un nouveau bail. La clause est déjà sans effet : il s'agit de ne plus l'appliquer, de solder ce qu'elle a produit et de corriger votre modèle.

1

Cessez de l'appliquer

Plus de pénalité, plus de frais de relance, plus d'exigence fondée sur cette clause. Si un désaccord est en cours, ne vous en prévalez pas : elle affaiblirait tout le reste de votre dossier.

2

Remboursez ce qui a été perçu à tort

Une pénalité encaissée, des frais de quittance facturés : restituez-les ou déduisez-les de la prochaine échéance, avec un écrit qui le dit. Le dossier se ferme avant de s'ouvrir.

3

Informez le locataire par écrit

Un courrier simple, daté, qui indique que la clause ne sera pas appliquée. Il n'a pas à être signé par le locataire : il fixe seulement votre position.

4

Corrigez votre modèle

Retirez la clause du modèle pour les prochains baux. Si vous voulez réécrire d'autres stipulations du bail en cours, cela passe par un avenant au bail signé des deux parties.

Nicolas Thomas
Le conseil de l'ancien huissier

Relisez votre modèle une fois, ligne par ligne, avec la liste de l'article 4 à côté. Pour toute clause qui impose au locataire plus que la loi, posez-vous une seule question : que dirait le juge si je devais la faire appliquer ? Dans le doute, supprimez-la. Une clause retirée ne vous coûte rien, une clause interdite brandie dans un litige vous coûte de la crédibilité. Pour un retard de loyer, la voie sûre reste la relance puis la mise en demeure.

À éviter

Les cinq erreurs des bailleurs

01

Croire que la signature valide tout

L'article 4 est d'ordre public. Le « lu et approuvé » du locataire ne rend pas une clause interdite applicable.

02

Penser que tout le bail tombe

Une clause interdite ne vous prive pas du reste du bail : loyer, charges, clause résolutoire pour impayé restent valables.

03

Rebaptiser la pénalité

« Frais de gestion du retard », « indemnité forfaitaire » : si la somme sanctionne un manquement ou couvre une relance, elle reste interdite (i et p).

04

Retenir sur le dépôt sans justificatif

Un forfait de remise en état fixé d'avance tombe sous le f et le q. Les retenues se justifient au cas par cas. Voyez la restitution du dépôt.

05

Facturer l'état des lieux de sortie

Fait à l'amiable, il ne coûte rien au locataire. Seul le constat par commissaire de justice, faute d'accord, se partage. Voyez l'état des lieux de sortie.

Avec Qalimo

Un bail propre, un suivi sans pénalité

La meilleure clause de retard, c'est un suivi qui repère l'impayé tout de suite. Qalimo s'en charge, avec des courriers à votre nom.

BAIL
ContratVide ou meublé
SignatureÉlectronique simple
Rangéavec le logement

Le bail signé en ligne

Rédigez le bail et faites-le signer par signature électronique simple, sans rendez-vous ni impression. Voyez le contrat de location.

IMPAYÉ
Première relanceJ+3
Deuxième relanceJ+8
Troisième relanceJ+15

Les relances automatiques

Trois relances partent d'elles-mêmes à J+3, J+8 et J+15, puis un modèle de mise en demeure par lettre recommandée. Le retard se traite sans clause de pénalité.

Quittances

Avis d'échéance et quittances

Avis d'échéance et quittances envoyés automatiquement au locataire, et un courrier libre pré-rempli avec le bail pour l'informer qu'une clause ne sera pas appliquée.

Questions fréquentes

Clauses abusives du bail : vos questions

Qu'est-ce qu'une clause réputée non écrite dans un bail ?
C'est une clause que la loi traite comme si elle n'avait jamais été écrite : elle ne produit aucun effet, même si le locataire l'a signée. L'article 4 de la loi du 6 juillet 1989 en dresse une liste de vingt, de a à t, pour les baux d'habitation. Le reste du bail continue de s'appliquer normalement.
Une clause abusive rend-elle tout le bail nul ?
Non. Seule la clause disparaît. Le code civil prévoit que le contrat est maintenu lorsque la loi répute une clause non écrite (article 1184). Le loyer, les charges, le dépôt de garantie et la clause résolutoire pour impayé restent valables.
Le bailleur peut-il prévoir une pénalité en cas de retard de loyer ?
Non. L'article 4, i interdit toute clause qui autorise le bailleur à percevoir des amendes ou des pénalités pour manquement au bail, et l'article 4, p interdit les frais de relance. En cas de retard, le bailleur relance, met en demeure, puis peut agir en paiement ou faire jouer la clause résolutoire après un commandement de payer.
Faut-il saisir un juge pour écarter une clause interdite ?
Non. La clause réputée non écrite ne s'applique pas d'elle-même : le locataire peut refuser de l'exécuter et le bailleur ne peut pas s'en prévaloir. Le juge n'intervient qu'en cas de désaccord, pour constater qu'elle est sans effet. L'ADIL du département peut renseigner gratuitement les deux parties.
Le bail peut-il interdire les animaux ?
Pas de manière générale. La loi du 9 juillet 1970 (article 10) permet au locataire de détenir des animaux familiers, à condition de ne pas causer de dégâts ni de troubles. Le bail peut seulement interdire les chiens de première catégorie. Cette règle vient d'une autre loi que l'article 4, mais le résultat est le même : la clause d'interdiction générale ne s'applique pas.
Les clauses interdites sont-elles les mêmes en location meublée ?
Oui, pour l'essentiel. Service-public.fr applique la même liste au bail meublé de résidence principale, sauf la règle sur la durée de reconduction, propre à la location vide. Les pénalités, frais de relance, assureur imposé ou interdiction d'héberger sont donc aussi interdits en meublé.
Quelle différence entre une clause interdite et une clause abusive ?
La clause interdite figure dans la liste de l'article 4 : elle tombe automatiquement. La clause abusive au sens large n'est pas listée, mais crée un déséquilibre significatif entre bailleur et locataire : le juge peut la réputer non écrite (code civil, article 1171, et code de la consommation, article L212-1 face à un bailleur professionnel).
Le locataire peut-il récupérer les sommes payées en vertu d'une clause interdite ?
Oui. Une pénalité ou des frais de relance versés en application d'une clause réputée non écrite n'avaient pas de base : le locataire peut en demander le remboursement. Pour le bailleur, le plus simple est de les restituer ou de les déduire d'une prochaine échéance, avec un écrit qui l'indique.

Sources

Un bail sans clause fragile,
un dossier qui tient.

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